Conseil d’Expert : Sexualité et Grossesse

Etre enceinte c’est être en relation

« Mettre au monde » veut dire « poser dans le monde un nouvel être » ce qui n’est pas rien. Au cœur de tout cela il faut beaucoup d’amour, d’attention, de patience et de joie pour que l’aventure soit la plus belle possible.

On peut donc comprendre que dans ces moments particuliers de sa vie une femme puisse concentrer toute son énergie à son « devenir mère » et oublier sa dimension de femme désirante et jouissive. Néanmoins, la dimension même de la pulsion de vie présente et solidement inscrite chez toutes femmes enceintes doit au contraire l’amener à ne pas oublier, voire à prendre en considération sa sexualité.

sexe et grossesse

Rappelons s’il en était besoin, qu’une femme enceinte n’est pas une femme malade et que son statut particulier ne lui enlève en rien son besoin de sensualité et de plaisir.

Rappelons également qu’à moins d’une complication particulière que saura repérer tout gynécologue, une femme enceinte peut continuer de faire l’amour durant toute sa grossesse.

Qu’est-ce qui pourrait l’en empêcher ? Au moins deux éléments : les réticences de son compagnon qui peut avoir du mal à faire le distinguo entre sa femme et la future mère de son enfant et de ce fait brimer son désir. Et une position morale qui laisserait entendre qu’une femme enceinte est une femme intouchable. Dans le premier cas il est évident qu’un travail sur soi et ses projections peut aider un homme à revenir à son désir. Dans le deuxième c’est une affaire de croyance et dans ce cas il n’y a rien à faire !

La grossesse est une révolution

Nous savons que la grossesse est l’un de ces moments de l’existence où un être humain peut vivre une véritable révolution hormonale. C’est le cas à l’adolescence, cela l’est aussi pendant la grossesse. Cette « révolution » peut amener à se poser la question de la vie sexuelle d’une manière différente qu’à l’accoutumée. Lors de mes premières années d’exercice en tant que thérapeute j’ai beaucoup utilisé la sophrologie et j’ai accompagné de nombreuses femmes dans leurs parcours de grossesse. J’ai entendu beaucoup de ces  femmes qui découvraient leur dimension orgasmique pendant cette période. Certaines le vivant comme une bénédiction, d’autres étant gênées par cela. Le corps d’une femme enceinte est tellement « questionné » (par les hormones certes mais aussi par ce changement perpétuel qu’elle vit) qu’elle peut ne pas savoir comment agir et se sentir comme « étrangère à elle-même » tant ce qui lui arrive est singulier.

Il est donc nécessaire de dédramatiser la situation et de la replacer au bon endroit : dans la pulsion de vie. Dire qu’une femme enceinte est un « oui ambulant » ce n’est pas qu’une formule, c’est faire le lien également avec la sensualité car dans l’élan que l’on peut avoir vers le plaisir il y a un assentiment nécessaire sans lequel il ne peut y avoir de plaisir et de satisfaction.

La révolution de la grossesse est un bouleversement existentiel qui engage tout l’être, à tous les étages : corporel, spirituel, organique, psychique…Et lorsque la sexualité accompagne ce bouleversement c’est l’être entier qui en ressort enrichi.

Les femmes gravides parlent souvent d’une sensation de plénitude à partir du 5° mois. Elles se sentent pleines et en abondance. Ce n’est pas seulement le fait de porter un enfant, c’est, aussi celui d’être en communion avec le meilleur d’elles-mêmes et du plus profond d’elles-mêmes il y a comme un chant ininterrompu qui s’élève.

Avant de parler de manière plus directe de désir et de plaisir, il est bon de rappeler qu’il y a des situations précises qui amènent à raréfier voire à annuler toutes relations sexuelles durant la grossesse. Il est bon de citer ici les six situations contraignantes  :

  1. Un risque d’accouchement prématuré dû à des antécédents familiaux
  2. Un col de l’utérus raccourci et aminci. Cela peut aussi entrainer là aussi un accouchement prématuré. D’autre part, dans ce cas, les prostaglandines contenues dans le sperme peuvent accélérer la dilatation du col
  3. S’il y a des antécédents de fausse couche
  4. Si le placenta est placé au-dessus du col de l’utérus (placenta praevia)
  5. En cas d’hypertension ou de saignements survenant au début de la grossesse.
  6. Une fois la poche des eaux rompue !
Sexualité du premier trimestre

C’est un moment très particulier que l’on peut associer à une période d’acclimatation. Dans ces presque 100 jours du début de la grossesse beaucoup de femmes sont dans l’observation de leur corps et, surtout dans l’attente de savoir si leur bébé va « tenir » ou non. D’autre part certaines manifestations comme les nausées, les maux de tête, les insomnies peuvent accompagner cette mise en place de la nidification. La libido peut avoir tendance à s’effondrer pour des raisons hormonales : équilibre hormonal en bouleversement, importance de la progestérone (hormone aidant à l’endormissement). Mais les raisons psychologiques jouent aussi leur rôle : peur de la pénétration associée à la crainte d’une éventuelle fausse couche, nervosité, anxiété… Tout ce moment crée un lien de recul entre une femme et son corps. Ce recul pouvant être synonyme d’un désengagement de la sexualité au profit de l’attente de la confirmation de l’état de femme enceinte.

En fonction de cela il est important dès les premiers temps de sa grossesse, qu’une femme puisse inscrire en elles quelques éléments propices à l’aider à traverser ces trois premiers mois si importants pour la suite. Deux « pistes » sont à considérer : le massage qui permet de garder un lien sensuel avec son compagnon et la masturbation qui laisse une possibilité de circulation constante du désir et du plaisir à l’intérieur de soi.

Au-delà du massage et de la masturbation, la sexualité des trois premiers mois a ses propres caractéristiques. La femme n’est pas encore « encombrée » par la grosseur de son ventre et vit son schéma corporel comme s’il était « normal ». La sexualité aura donc ici plus une fonction de réunir le couple, d’affirmer l’amour qui les porte et les transcende et même si l’enfant est là qui prend petit à petit sa place dans le ventre de sa mère, les signes extérieurs de sa présence ne sont pas visibles.

Sexualité du deuxième trimestre

Ce trimestre est celui où l’on est enfin rassurée ! La possibilité d’une fausse couche est  écartée ( en tous cas les probabilités sont beaucoup moins grandes) et les sensations liées à la présence du bébé en soi se précisent. Les nausées s’estompent voire disparaissent totalement, les troubles digestifs également. On peut dire que les inconvénients de la grossesse sont largement dépassés pour pouvoir entrer dans ses joies et ses avantages. Il est bon de remarquer également que d’un point de vue physiologique la vascularisation des petites et grandes lèvres et du clitoris est accrue entrainant un gonflement de toute la zone génitale! On peut donc dire qu’il y a une plus grande appétence du corps à vivre une sexualité épanouie !

Durant cette période la sensation de plénitude est réelle et l’impression également de « dominer le monde ». La psychologie de la femme enceinte change radicalement du 4° au 7° mois. Elle se sent puissante et le désir de partager, d’échanger est accru. Il est donc intéressant de profiter de ce moment de grâce particulière pour laisser le corps s’abandonner au plaisir et à la joie du partage sexuel.

D’autre part certaines femmes se sentant plus libres et débarrassées de la peur d’être enceinte, se libèrent beaucoup plus et j’ai rencontré beaucoup de femmes qui, à ce moment de leur grossesse découvraient l’orgasme ou la multi-orgasmie.

Je voudrais revenir un instant sur la masturbation. Dans le cadre de la sexualité des trois premiers mois, j’ai indiqué que la masturbation et le massage pouvaient être utiles. Ceci étant il est bon de poser un léger bémol notamment concernant l’utilisation de sextoys. Tous les sextoys peuvent être utilisés lors des 5 premiers mois sans risque, hormis les règles de réserve d’usage . Mais à partir du 6° mois il est plus prudent d’utiliser des objets intimes à usage externe avec stimulation du capuchon du clitoris plus que des objets vibrants internes. Ceci afin d’éviter toute excitation trop importante du col de l’utérus pouvant entrainer des saignements ou des dilatations trop importantes.

En dehors de cela, tout reste de l’ordre du possible et il faut bien reconnaitre que cette période de la grossesse est le moment de l’expression d’une créativité sans frein et sans tabou.

NEA 2 de LELO

Sexualité du  troisième trimestre

Voici la dernière ligne droite ! Le moment où le ventre prend tout son volume, où les seins deviennent comme des bombes remplis d’amour et de sève. Mais c’est aussi le moment de la pesanteur, d’une certaine difficulté à sa mouvoir, de l’impression d’un corps double : le sien et celui du bébé.

Durant cette période l’un des évènements les plus caractéristiques est le fait de sentir l’enfant bouger en soi de manière significative et de pouvoir même sentir au travers de son ventre, le pied, la tête de son enfant.

Le dialogue est plus direct avec l’enfant car on a l’impression qu’il peut répondre et manifester son approbation ou non à ce que sa mère est en train de vivre ou d’expérimenter !

La peur de l’accouchement

La sexualité des femmes à cette période s’accompagne souvent d’une peur de l’accouchement prématuré. Elles n’osent pas se donner complètement dans l’acte de crainte d’une ouverture du col préjudiciable . De plus la sensation plus prégnante de la présence physique de l’enfant réactualise les fantasmes de situations symboliquement incestueuses.

Il est donc utile de conforter les femmes dans leurs capacités corporelles et dans la tonicité de leur organisme à pouvoir accueillir à la fois la fin de leur grossesse et une sexualité bien vécue.

La sexualité du troisième trimestre est moins naturelle qu’au trimestre précédent.

Il faut tenir compte dans ces moments d’ éventuels sensations de gênes ou de douleurs à la pénétration. Pour cela les caresses seront privilégiées et l’expérimentation également. Si une femme ressent une difficulté durant une relation sexuelle c’est qu’il faut changer de position. Si elle se sent bien et sans contrainte c’est que la situation lui convient, à elle et au bébé !

Durant toute la grossesse le rapport à l’orgasme peut évoluer. Une femme peut avoir des orgasmes tonitruants durant les six premiers mois et plus rien par la suite…ou inversement ! Toutes les études réalisées sur le sujet montrent une multiplicité de ressentis et de vécus. Et pour complexifier encore plus le propos, une femme peut avoir une vie orgasmique particulière pour son premier enfant et une autre toute différente voire à l’opposé pendant la grossesse suivante.

Ouvrages parus sur le sujet :

« Pour allier grossesse, désir et plaisir » Editions Bussière, 2012

« L’orgasme thérapeutique » Editions Grancher, 2020

Article écrit par Alain Héril

Alain Héril est psychanalyste et sexothérapeute. Il a exercé en cabinet pendant 27 ans. Il forme des sexothérapeutes et des psychopraticiens depuis plus de 20 ans au sein de diverses écoles de formation à la psychothérapie et au coaching. Il co-dirige le centre de formation à la psychothérapie intégrative « Indigo Formations ». Il a écrit plusieurs ouvrages sur la sexualité et le couple qui sont traduits en plusieurs langues. Il est également professeur émérite à l’université de psychanalyse HSE de Moscou, membre du comité d’experts de Doctissimo et a été nommé « ambassadeur de lumière » par l’Unesco dans le cadre de l’année de la lumière 2018. Il est également directeur pédagogique du Diplôme Universitaire européen de psychopathologie (Université Miguel de Cervantes de Vallaloïd)

Site Internet | Enseignement | Facebook