Une Blanche Rencontre

Je dois ma carrière d’écrivain à cette femme que je n’ai vue qu’une seule fois et qui n’existe pas, selon l’avis de mon psychanalyste, de mes parents présents le jour où je l’ai rencontrée et des quelques personnes à qui j’ai raconté cette aventure. J’ai ensuite cessé d’en parler à quiconque, l’incrédulité et les regards perplexes m’irritant sans m’aider.

une blanche rencontre

J’avais 17 ans et j’errai, oisif, dans le parc de la propriété familiale attendant que l’été se termine pour partir étudier le droit à Paris, conformément aux souhaits de mon père. Le cabinet de notaire se perpétuait de père en fils et il n’y avait aucune raison que je mette fin à cette pérennité de deux siècles.

Et pourtant, ce matin d’été, je m’allongeai à l’ombre d’un cyprès pour me rafraichir, quand une femme surgie de nulle part s’avança vers moi avec lenteur. Je crus d’abord que c’était une domestique parce que la silhouette à contrejour m’empêchait de deviner les traits du visage. Mais la démarche lente et flottante de la jeune femme et la robe d’un blanc flamboyant que j’aperçus bientôt n’appartenaient à personne du domaine.

Lorsqu’elle fut à quelques mètres de moi, elle s’arrêta net et m’observa en silence. Ses traits étaient d’une grande finesse, elle devait avoir à peu près mon âge et son sourire figé était à la fois merveilleux et inquiétant. Dans un mouvement que je ne vis pas, elle s’assit à côté de moi, les genoux repliés, me fixant toujours dans les yeux. Elle était maintenant tout près et je contemplais sa peau laiteuse, d’un blanc transparent qui la rendait encore plus belle.

Hypnotisé par la jeune femme et sa beauté unique, je ne réalisai pas tout de suite qu’elle caressait mes cheveux, dessinant quelques fois une boucle à l’aide de son index.

« Tu as raison, Hans, la beauté ne dure qu’un temps. Tu es si beau, Hans. »

Je n’eus ni le temps ni l’envie de lui répondre que je n’étais pas Hans. Ses lèvres se posèrent sur les miennes. Elles étaient douces, sucrées, sa langue légèrement râpeuse dégageait un parfum d’amande douce. Un détail étrange pourtant, mais qui ne choqua pas alors l’adolescent inexpérimenté que j’étais : sa bouche était glaciale.

Elle décolla ses lèvres, tenant mon visage entre ses deux mains froides, et murmura : « Hans, je suis à toi… ». Elle s’allongea sous le cyprès. Elle était nue. Je posais timidement ma main sur son mollet, elle ferma les yeux et soupira, cambrant son dos sur le parterre de pissenlits que je n’avais pas remarqué jusque là. Son corps tout entier était d’une blancheur sans égal. Au bout de ses deux petits seins pointaient des tétons d’un gris rose comme ces diamants si rares. Sous son petit nombril oval, son sexe était dissimulé par une toison légère que j’osais à peine regardée tant je la trouvais sublime et sacrée. Elle tira ma tête vers la sienne, posa mon visage sur sa poitrine que je léchais goulument, avec la maladresse propre à mon âge.

Elle se redressa et m’embrassa à nouveau, je sentais son désir. Sa langue fouillait ma bouche avec force et je tentais de ne pas perdre une goutte de sa salive d’amande douce. J’eus à peine le temps de sentir mon sexe gonflé et durci gêné par mon pantalon, j’étais nu également, le bout de mon sexe effleurant son aine. J’eus un mouvement de pudeur, mais la jeune inconnue me retint contre elle. Elle baissa la tête et observa mon sexe avant de le prendre délicatement entre ses mains.

« Je serai bientôt tienne et tu m’appartiendras. »

Elle s’allongea sur le dos et m’entraina avec elle. Elle écarta doucement les jambes et tout en me scrutant de son regard perçant, elle fit pénétrer mon sexe dans le sien. Je n’avais jamais rien senti d’aussi doux de toute ma vie. Comme un glaçon tiède enveloppant mon sexe, un cocon envoutant qu’on ne voudrait jamais quitté. Autour de moi, les arbres tournaient, je sentais les pulsations de mon cœur dans tout mon corps, ma gorge était sèche et j’avais l’impression d’avoir cessé de respirer. La jeune femme esquissa une grimace de douleur.

« C’est la première fois Hanz, tu comprends ? Je suis vierge Hanz… »

Je marmonnai un « moi aussi » que la sécheresse de ma bouche rendit à peine audible. Elle sourit et inclina son bassin pour mieux me faire entrer en elle. J’entamai des mouvements d’avant en arrière, fou d’un désir que je ne connaissais pas et dès son premier soupir, je ne parvenais déjà plus à retenir mon plaisir, jouissant à me faire perdre la tête dans le corps de cette femme que je ne connaissais que depuis quelques minutes.

La suite, on me l’a raconté. Mes parents ne me trouvant nulle part, les domestiques partirent à ma recherche dans le parc et on me trouva nu et endormi au milieu de la forêt familiale. J’étais blanc et glacial, à tel point qu’on crut d’abord que j’étais mort. On me transporta dans ma chambre et je ne me réveillai que trois jours plus tard, le médecin de famille et mes parents à mon chevet. J’allai plutôt bien, mais les mines soucieuses et tristes ne s’effaçaient pas : mon sexe avait disparu.

J’ai passé ma vie à tenter de savoir ce qui s’était passé. Une légende racontait l’histoire de deux adolescents qui auraient fui leur famille et se seraient perdus dans la forêt familiale, un fait divers dont aucune trace écrite ne restait. Personne n’étant capable de donner même une époque ou le nom de ce couple. Le prénom de Hans ne disait rien à personne. Voilà pourquoi, hanté par cette rencontre aussi superbe que dramatique, j’ai mis au fil des années mes cauchemars sur papier devenant une référence pour les amateurs de récits d’épouvante. Je dois à cette femme ma carrière littéraire aussi bien que le vide affectif et érotique de toute une vie. Et maintenant que ma jeunesse est loin derrière moi, je retourne tous les jours sous ce cyprès, attendant que la jeune femme revienne et qu’elle m’emmène avec elle. Je sais qu’elle viendra.

Fin