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Le Bureau des Cœurs Brisés

On m’avait posé un lapin et j’étais furieuse. Sur un coup de tête, j’avais fait glisser le profil de ce garçon vers la droite sur Tinder à cause de son sourire. Nous avions échangé quelques textos et avions convenu de nous rencontrer ici. Je l’attendais depuis 45 minutes et toujours pas de trace de sa personne.

De la fumée s’échappait de mon latte. Son arôme se mélangeait à l’odeur de mon croissant au beurre enrobé de crème fouettée.

– Qu’il aille se faire foutre ! Je n’ai pas besoin de lui de toute façon !

Je reculais ma chaise tout en gardant un œil sur la porte d’entrée au cas où il apparaitrait. Je regardais autour de moi et m’amusais à imaginer les relations entre les couples présents dans le café.

Je me trouvais hypnotisée par un homme et une femme assis juste à côté de moi. Ils étaient absorbés dans une conversation animée. Elle semblait contrariée. Par lui ou le sujet de leur conversation, je ne pouvais le dire.

Mais ce n’est pas elle qui m’intéressait. Son compagnon m’attirait littéralement comme un aimant.

Je pouvais l’imaginer acteur d’un film étranger, sombre, naturellement bronzé avec une sorte d’aura sexuelle prometteuse qui faisait batte mon cœur plus vite. Aucun doute. C’était un mâle alpha. Mon type d’homme.

Je me mis moi-même en garde : Méfie-toi Sarah, tu vas beaucoup trop loin.

Mais il était tellement beau ! Son grand nez, ses lèvres charnues et ses yeux que l’on devinait rieurs me coupaient le souffle.

Je l’observais à la dérobée, sans souci d’être repérée. Quel âge avait-il ? 38 ou 39 ?  41-42 ? Il ne portait pas d’alliance.

Alors qu’elle le pointait du doigt, je remarquais qu’elle n’en portait pas non plus.

Que pouvaient-ils bien être ? Amis ? Ex ?

Très soudainement, la situation s’est précipitée : la femme se leva brusquement, attrapa son sac et sortit en trombe.

Il ne la suivit pas. Et ne parut même pas énervé. Est-ce que j’avais bien perçu un sourire sur sa bouche délicieuse alors qu’il haussait les épaules ?

Il leva le regard et me vit qui l’observait à la dérobée. Trop tard pour détourner les yeux.

Merde Sarah ! Prise en flagrant délit.

Je sentis mes joues rougir sous le coup de l’embarras. Ses yeux soutenaient mon regard, yeux bruns vs yeux bleus et pendant une exquise seconde nous nous sommes tenus ainsi sur le fil du rasoir du désir mutuel. L’alchimie était palpable. Je me sentais mouiller entre les jambes et mes lèvres se gonfler de désir.

Mon monde se réduisait à lui et moi.

Il se leva, jeta quelques billets sur la table puis s’arrêta. Au lieu de se diriger vers la porte, il me fit un infime signe de tête avant de se diriger vers le fond du café.

Je ne perdis pas de temps en réflexion sur ce qu’il convenait de faire ou pas. J’abandonnai mon café et le suivit.

Il m’attendait à la porte d’un bureau quelconque, ses yeux noirs fixés sur moi.

Le cliquetis du verrou se fermant derrière nous était comme le premier élément dramatique d’un film à suspense.

Il me regardait de haut en bas. Puis me cloua contre la porte en bois et passa ses longs doigts dans mes cheveux pâles.

Sans un seul mot, nos bouches se sont mêlées. Nous nous dévorions l’un l’autre. Il avait un gout de café, de menthe et de mâle. Sa large langue musclée explorait ma bouche. Mes lèvres s’ouvraient devant lui comme une fleur éveillée par la promesse d’un jour nouveau.

Le seul bruit était celui de nos respirations, puis son grognement alors qu’il baissait ma culotte, écartant mes lèvres et plongeant deux doigts dans mon vagin. Il était à la recherche de mon point G, gonflé et vivant de désir. Il le massait parfaitement sachant ce que cela pouvait provoquer chez une femme. C’était un geste si intime entre deux étrangers que j’en tombais presque en pâmoison.

Je défis sa ceinture et dézippai la fermeture éclair de son jean.

Oh mon Dieu ! Son pénis, gorgé et prêt à l’action, était pressé contre son ventre. Il était presque de la largeur de mon poignet, son large gland prisonnier du tissu.

Je baissai son boxer. Il se colla à moi et je sentis alors sa bite magnifique se presser contre moi. Je glissai ma main entre nos deux corps à la recherche de son sexe. Il était parfait dans ma main. Mes doigts, mouillés d’avoir essuyé son précum, glissaient de la base jusqu’à cet endroit si sensible juste sous le gland.

– Pas si vite !

J’ai toujours trouvé les hommes à la voix grave et puissante irrésistibles.

Il partit à la recherche de mon clitoris, faisait ensuite rouler son gonflement sous ses doigts. Sa respiration s’intensifiait et je sentais mes jambes devenir molles.

Je le voulais en moi. Jamais jusque-là je n’avais accueilli en moi une bite si grosse.

Ses mains s’enfoncèrent dans mes hanches. Il m’appuya sur la surface dure et souleva mes jambes afin que je puisse les enrouler autour de sa taille.

Ses yeux plantés dans les miens, il attrapa son sexe et chercha l’endroit idéal pour entrer en moi, celui qui offrait le moins de résistance avant de me pénétrer profondément. Je contractai mes muscles profonds, pour ralentir sa cadence et augmenter par là même son plaisir et le mien.

– Mais qu’est ce que tu fabriques ? Sa voix était dure, moqueuse et en colère.

Je bredouillai :

– Rien, j’ai juste envie de jouer…

– Fais attention. Sauf si tu as envie que tout ceci s’arrête avant même d’avoir commencé. Et ne joue pas les innocentes !

C’était comme si je lui avais lance un challenge et qu’il y répondait en me pilonnant de toutes ses forces. Il me faisait mal, il étirait mon vagin. C’était délicieux.

Il n’y avait aucune raison de résister alors que j’en voulais encore plus. Je sentais son large gland taper contre mon col de l’utérus. Les pics de douleur laissaient la place à un plaisir incommensurable. Nous étions collés tous les deux, à la recherche de notre rythme.

Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé avant que je perde le contrôle. Puis je l’ai senti arriver. Les vagues de chaleurs qui émanaient de mon clitoris gonflé, les spasmes dans mes muscles internes puis dans tout mon corps.

Je gémis, la voix incontrôlée.

Essoufflé, il laisse mon orgasme se calmer avant de se ré enfoncer en moi, profondément. Ses yeux noirs fermés, les narines écartées dans ce moment de relâchement. Il se pencha vers moi, plantant ses dents dans la chair tendre de mon épaule.

Je criai :

– Mais tu me fais mal !

Mais il ne m’entendit pas. Trop absorbé par son propre plaisir.

Je reposais mes jambes sur le sol. Son sexe ramolli bien que toujours un peu gonflé sortit de moi.

Il posa un doigt sur ma bouche, comme pour retenir en silence la magie de ce qui s’était passé.

Ensuite, je le regardai ré enfiler son jean et remettre sa ceinture. Il claqua la porte derrière lui.

Je criai :

– Attend ! Ne pars pas ! Je ne connais même pas ton nom…

Je restai là pendant plusieurs minutes ; triste, vide, seule, essayant de reprendre mes esprits.

Dans le café, mon croissant et mon café latte m’attendaient. Froids.

En baissant les yeux, je vis qu’il avait griffonné son numéro de téléphone sur ma serviette en papier :

Henri. Appelle-moi.

Dimanche, lundi, mardi… son image était comme une toile de fond insaisissable.

Le mercredi, Tatiana et moi prenions un verre après être allées voir le dernier James Bond au cinéma. Je lui racontai tout à propos d’Henri et de son petit mot.

Ses yeux verts intenses se plantèrent dans les miens :

– Sarah, tu ne sais rien sur ce type à part qu’il baise comme un Dieu. Il pourrait très bien être marié avec trois enfants ou être un violeur en série…

– Oui mais… lui dis-je avant de m’arrêter.

Tatiana état dans une relation stable depuis des années. Elle n’avait pas la moindre idée de la difficulté de rencontrer quelqu’un aujourd’hui.

– Tat, j’ai l’impression qu’il se passe un truc entre nous. Un truc spécial que je ne peux pas ignorer. Il était mystérieux. Sûr de lui. Nous étions vraiment connectés. Je ne sais pas l’expliquer. Et cette bite ! Tu ne peux pas savoir ce qu’elle m’a fait ressentir. Je ne veux pas le harceler mais j’aimerais savoir si ça peut déboucher sur plus que ça.

Tatiana soupira :

– Ma chérie, tu vas retourner tout droit au bureau des cœurs brisés. Tu ne diras pas que je ne t’avais pas prévenue…

Elle avait raison. Elle savait que j’allais l’appeler. Ce n’était qu’une question de temps.

Jeudi, vendredi…

Je me réveillai tard samedi matin après m’être tournée et retournée dans min lit une bonne partie de la nuit. Devais-je l’appeler aujourd’hui ? Est-ce que ce n’était pas trop tôt ? Qu’est-ce que j’allais lui dire ?

Avant de replonger dans ce vortex infernal de oui/non/ peut-être, je me décidai : fais-le !

Il décrocha à la deuxième sonnerie. Sa voix profonde me fit fondre.

– Bonjour, Henri à l’appareil.

Je décidais d’attaquer de façon casual :

– Salut c’est Sarah. Je ne sais pas si tu te souviens on s’est rencontrés samedi dernier et on a…on a…

Je perdais contenance mais Henri vint à ma rescousse.

– Ah Sarah, la tentatrice qui m’a envoyé au 7e ciel la semaine dernière. Je me demandais quand tu allais appeler.

Le frisson entre nous était bien réel. Il n’y avait pas la moindre trace de doute dans sa voix.

Je me sentais mouillée, gonflée et affamée.

Il poursuivit :

– Dis-moi, je dîne avec des amis ce soir. Un dîner tout simple. Est-ce que ça te dirait de venir ?

Cela n’avait aucun sens de jouer les timides :

– J’adorerais oui.

Travaillant dans la mode, je ne paniquais pas quant à ma tenue. Je choisis une nouvelle robe en soie bleue qui soulignait mes courbes et mettait mes fesses en valeur. Je laissai mes cheveux détachés. Ils m’arrivaient aux épaules.

J’ai cru que mes nerfs allaient me lâcher lorsque mon Uber s’est arrêté devant un bistro haut de gamme. Mais Henri était là pour m’accueillir. J’ai immédiatement su que venir n’était pas une erreur. Nos yeux se sont rencontrés et la flamme d’une promesse de sensualité à venir s’est allumée.

Henri tira la chaise à côté de lui et je sentis sa main glisser sur ma hanche lorsqu’il m’aida à m’asseoir, faisant ainsi référence à une intimité déjà partagée. Je le regardai. Je vis chez lui une certaine curiosité et un désir brut.

Il y avait deux autres couples à table. Les femmes m’évaluèrent froidement : qui pouvait bien être cette inconnue qu’Henri amenait à la dernière minute ?

Henri nous présenta :

– Sarah, voici mes vieux amis Charles et Derek. Ils sont avocats, mais tu ne peux pas le retenir contre eux.

La blonde et la brune, Joanne et Mercer, étaient leurs compagnes et je dois dire qu’elles semblaient particulièrement satisfaites de leur bonne fortune.

Nous commandâmes pendant que les autres discutaient. Je sentis que sous la table, Henri cherchait ma main. Mon cœur vacilla.

Un des garçons demanda :

– Henri, comment se porte le marché cette semaine ? Y-a-t-il des actions que je devrais acheter ?

Henri rit et lui dit :

– Pas de délit d’initié par ici mon pote !

Puis, leur attention se tourna vers moi lorsque Mercer, la blonde un peu froide me demanda :

– Et toi Sarah, comment occupes-tu tes journées ?

Henri me regardait avec attention.

Je lui répondis :

– Je suis designer de chaussures et d’accessoires. Assez reconnue en fait. Je vois que tu portes ma marque : City Chic.

Je regardai Henri. A son expression, je devinai que ma réponse lui faisait porter un regard différent sur moi.

C’était mon tour.

– Et toi Mercer ? Comment occupes-tu tes journées ?

– Oh, je fais des petites choses…, murmura-t-elle en tordant sa bouche.

Henri a gloussé et m’a souri. Il aimait mon culot.

L’alchimie entre nous monta encore d’un cran. Je sentis ses doigts caresser mon dos nu. Les préliminaires avaient commencé. Très discrètement. Sous la table , il prit ma main et passait délicatement mes doigts sur son entre-jambe. Son sexe était dur, prêt, excite. Tout comme moi. Nous entrions dans cette délicieuse phase pendant laquelle personne d’autre n’existe ; pendant laquelle le moindre contact ou le moindre regard dit tout sur la manière dont la soirée va se terminer.

Plus tard, alors que nous nous levions pour sortir, il s’approcha de moi et me dit à l’oreille, son souffle comme une chaude caresse :

– Sarah, est-ce que tu veux venir chez moi ?

J’acquiesçai.

Alors que nous sortions, je le titillai :

– Ta femme est absente pour le week-end ?

– Je n’ai pas de femme, pas d’enfants, pas d’ex… Mais peut-être qu’avec toi, qui sait…

Dans l’obscurité du taxi, il prit ma tête entre ses mains et m’embrassa langoureusement. Je frissonnai en sentant sa langue, forte, explorer ma bouche. Je passais ma langue sur ses lèvres en guise de réponse.

Les lumières de Manhattan brillaient à travers les larges fenêtres de son appartement.

Il prit mon châle puis s’arrêta et se tourna gentiment vers moi :

– Sarah, je n’ai pas envie d’un coup à la va-vite derrière une porte cette fois-ci. J’ai envie d’apprendre à te connaître. Est-ce que ça te va ?

– Oh oui, lui murmurai-je.

Tatiana, oiseau de mauvais augure, si tu m’entends !

Peut-être qu’Henri lui donnerait tort. Peut-être…

 

 

* Cette nouvelle a été traduite de l’anglais d’après un texte écrit par Frances Alba. Vous pouvez découvrir le texte en version originale ici.