Le Diable au Corps

23 heures. Place Clichy. Je l’appelle :

– T’es où ?
– Devant le Macdo, et toi ?
– Moi aussi !… Ah coucou !

A un mètre l’un de l’autre, on avait failli se manquer ! Sa première réaction en me voyant me transporte et me flatte par sa spontanéité. Le cri de son coeur, ou de son sexe : comme t’es belle !

Le Diable au Corps

Il ne m’en fallait pas plus. A cette exclamation, mon nouvel amant devient mon chéri d’amour. Je le sens, la nuit va être spectaculaire ! Il est vrai que j’ai fait un effort.

Ma minirobe noire à paillettes et mes talons aiguilles ont produit l’effet que j’escomptais… Mes lèvres se jettent sur les siennes en un long baiser de retrouvailles. Merci ! Tu n’es pas mal non plus…

On se calme un peu, on s’installe à un café. Boire, manger, se retrouver tendrement et amoureusement, s’encourager mutuellement pour oser passer à l’acte, faire le premier pas ensemble dans ce monde libertin qui nous appelle. Pour notre dépucelage, on a choisi un sauna hammam, correspondant à notre goût mutuel pour les ambiances aquatiques et chaudes ; sentir et ressentir les corps se détendre, se rapprocher, s’émoustiller en douceur, s’attirer sous des remous fluides et coquins…

Il émet un doute tout de même. Et si ça ne me plaisait pas au final ? Peut-être que ce genre-là, ce n’est pas pour moi ? Je sais pas, moi, peut-être que… Ne t’en fais pas… Attend, tiens… une tomate cerise entre les dents, je me penche vers sa bouche. Il
croque dedans, le jus coule sur nos lèvres unies ; l’esprit léger comme des gamins, on déguste ce petit apéritif en partageant des jeux amoureux qui font rire d’envie nos voisins de table.

Je le rassure. Ecoute, la meilleure façon de le savoir, c’est d’essayer… Pour le plaisir… rien que pour le plaisir… A nous Paris et ses plaisirs charnels ! Non, on ne va pas reculer si près du but ! Nos surnoms : Karl et Tina… Tina, une nouvelle identité qui raisonne en moi comme l’appel du large, j’embarque pour une vie à deux et à plusieurs, sur le flot du désir. Enfin décidés à explorer cet océan de liberté, Karl et Tina, ensemble envers et contre tout, se dirigent vers le club, à deux pas du café. Un baiser frissonnant est échangé devant la porte. Une dernière inspiration et j’appuie sur la sonnette, le coup d’envoi est lancé!

La porte s’ouvre discrètement, on s’engouffre à l’intérieur de notre nouveau paradis. Un gorille au style hindou en guise de Saint-pierre nous guide jusqu’à une petite alcôve abritant son frère jumeau. Cet autre Saint-père, du haut de sa chaire, daigne abaisser
son regard vers nous, pauvre couple en peine d’amours torrides et de sensations divines ou plutôt, avides de perversions aussi chaudes que l’antre infernal. Derrière son confessionnal, ce moine hindouiste nous dicte les premières règles à respecter sous
peine d’exclusion totale de ce jardin d’Eden :

– Bienvenue, c’est votre première visite dans notre établissement ?

– Oui, tout à fait ! (notre expression virginale d´anges un peu déchus –mais pas encore déçus- nous aurait-elle trahis ?)

Ici, vous commencez par vous déshabiller, voici la clef de votre casier – Non, pas celle du paradis perdu, soyons un peu terre à terre…- Deux serviettes, deux paréos et une pochette dans laquelle vous avez quatre jetons pour les boissons offertes. Ca fait 58€.

Karl s’exécute : Ok, bien, tenez, merci – pour l’accueil chaleureux, me glisse-t-il à l’oreille.

– Pas de rapport sexuel dans le jaccuzi, pour l’hygiène, prenez l’escalier, on se change au premier.

Ok… Par ici peut-être, me dis-je en ouvrant une porte …

– Chérie, il a dit l´escalier…

Ah oui, je le cherchais justement ! – Il m’a appelée chérie ! A mon tour : Vas-y chéri, je te suis… Moi, Eve, toi, Adam et que la danse des corps à corps commence… On est riche de préservatifs soigneusement placés dans la pochette-bracelet, ce qui facilite les ébats hygiéniques…

Une première rencontre devant les casiers. Un charmant couple métisse nous souhaite le bonsoir. Karl est dans l’ambiance : dommage que vous partiez déjà… Grand sourire de la femme, qui se remaquille : Il est déjà tard, on est là depuis 19h… Amusez-vous bien !

Eh oui, en effet, on s’est bien amusés ! Un premier verre en main, la visite commence. Au bar, quelques couples assis confortablement sur des sofas, puis le jacuzzi, où quelques baisers sont échangés. Enfin, l’enfilade des chambres : ouvertes à tous ou fermées, petites ou grandes, avec ou sans fenêtres, on cherche le couple idéal avec lequel passer notre nuit d’amour… Mais je suis suivie par un certain nombre de queues en mal de chattes. Des regards lubriques me transpercent. Hum… Karl, sauve-moi !

Il m’entraîne dans une chambre fermée, dont le fond est séparé d’une autre chambre par une grille. Il me jette sur le matelas, je me laisse pénétrer par sa langue qu’il sait si bien manier… Devant tous ces mâles qui se repaissent du spectacle, leur sexe entre leurs mains, je jouis. Mon partenaire sourit au public. Je ris. Viens, allons nous relaxer dans l’eau.

Le jacuzzi réserve aussi ses surprises. Nous nous retrouvons côte à côte avec un couple aux sourires et regards encourageants. Je me rapproche de la femme, et sens la main de l’homme baladeuse me caresser doucement l’entre-jambe. Sous les baisers de Karl, les caresses de la femme sur mon bras, l’homme enfonce un de ses doigts dans mon antre. Mmmm…. Mais Karl, d’un coup, s’écarte : Zut, j’ai perdu la pochette ! Quelques préservatifs flottent autour de nous. Quel maladroit ! Le voilà qui plonge dans les remous de l’eau à la pêche aux jetons. Il finit par tout retrouver.

On en rigole. Mais le couple nous quitte déjà. Dommage… Allons boire un verre, puisque tu as retrouvé les jetons!

Au coin fumeur, on discute, rigole, ambiance joviale, mais toujours pas de couple prêt à se joindre à nous jusqu’au bout de la nuit…

De nouveau repartis pour une virée dans les chambres. On cherche, regarde, écoute les ébats qui nous parviennent au loin. Et derrière moi, toujours ces hommes en queue leu-leu… Karl ouvre la porte d’une petite chambre, un jeune couple allait en sortir :

– Vous partez déjà ?

– Euh… on peut rester si vous voulez !

Kevin et Katia. Ah! Kevin ! Une beauté sombre, mince, environ 25 ans, Katia, jolie blonde, 22 ans. J’aime embrasser Katia. Douce, sensuelle. Et les mains de Kevin, si… délicates… je suis sous le charme. Très vite, je me retrouve isolée avec Kevin. Karl
s’occupant de la petite Katia est contraint de l’emmener ailleurs, happé par la foule de ces hommes seuls qui occupent maintenant l’espace et se repaissent de mes ébats avec Kevin.

On ne forme plus qu’un, il m’excite si bien… que j’oublie Karl, j’oublie le lieu, je m’oublie. Plus rien que les coups de Kevin en moi, partout, entourée de tous ces membres tendus vers mes mains, ma bouche. Je les serre, j’en suce même quelques uns. Je halète sous la force et les va-et-vient plus rapides de mon nouveau partenaire. Je le sens si proche de la jouissance finale… Enfin, son jus se répand en moi, je soupire de plaisir. On se regarde, on s’embrasse….

Mais tous ces hommes autour ! Vite, on se réfugie dans le jacuzzi. Deux secondes après, Karl et Katia nous rejoignent. Ils ont l’air de bien s’entendre… Ces premiers ébats prometteurs nous ont ouvert l’appétit. Jamais assouvi…

On retrouve le chemin des chambres, en évitant ces MDF (morts de faim), comme les surnomme Karl. On s’engouffre dans la toute première chambre où nous rejoint à la dernière minute un autre couple. Karl les accueille joyeusement, avant de fermer la
porte. A six dans un espace réduit, les corps s’échauffent et se mélangent, Kévin en moi, puis Karl, Katia à mes côtés. J’embrasse le troisième homme sans le voir. Mais bientôt, la chaleur nous étouffe, Katia décide de sortir, pendant que Kévin s’occupe de l’autre femme. Karl aimerait beaucoup jouir dans ma bouche. J’aime prendre ce membre au fond de ma gorge, lui insuffler des va-et-vient le long de ma langue. Kévin se rapproche de ma bouche à l’ouvrage. On s’embrasse, nos deux langues se rejoignent autour du sexe de mon Karl. Il se laisse faire, s’abandonne. Alors que je continue seule à sucer cette bite offerte, Kévin profite de ce moment pour me pénétrer une dernière fois, comme un au-revoir. Nos trois souffles se répondent. Celui de Karl s’amplifie, rapide. Il répand sa semence dans ma bouche grande ouverte. Me tournant vers Kevin, je lui tends cette bouche qu’il attrape. Ensemble, on partage ce jus dégoulinant au fond de nos deux gorges. Ahhhh…

La porte s’ouvre brutalement, sur Saint-pierre : “Mesdames, Messieurs, on ferme dans cinq minutes.”

Déjà la fin de cette nuit paradisiaque ! Sommés de quitter les lieux, on se retrouve habillés, tous les quatre, devant la porte. On décide de finir notre nuit dans un bar encore ouvert.

Quelques personnes dansent dans une salle au sous-sol. Sans se soucier des autres, on continue à s’embrasser tous les quatre. J’échange quelques regards complices avec Kevin. Il doit repartir bientôt à l’autre bout du monde, pour son travail. Peut-être se
reverra-t-on à son retour, qui sait… Sur le parking, échange de nos mails et numéros. Un dernier baiser à Katia. Au revoir, Kevin ! Mais pas adieu…

Karl est heureux, et moi, aux anges… le diable au corps !

ZaraArticle écrit par Zara

Je suis actuellement assistante juridique et mes passe temps favoris sont l’écriture et la danse.

J’ai suivi des études de lettres modernes puis de danse, et souhaite continuer à allier mes deux passions, écrire et danser. J’ai pu faire éditer mon premier livre autobiographique « Electra », qui raconte mon expérience de danseuse en cabaret chez « Mon petit éditeur », en 2012.

Le libertinage est pour moi un mode de vie en couple que je pratique depuis quelques temps et qui correspond à mes aspirations de liberté, respect et plaisir.


J’ai commencé un nouveau livre sur mes expériences libertines et BDSM, qui j’espère, verra le jour dans l’année.

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