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Fenêtre sur Cour – Partie 1

Ken était assis dans son fauteuil roulant, la jambe droite emprisonnée dans un vilain plâtre qui s’étendait de sa hanche jusqu’au pied. Seuls ses orteils étaient visibles. Sur le plâtre, on pouvait lire « Ci-gisent les os cassés de Ken ».

Il se retrouvait coincé dans son appartement, à regarder la télévision ou par la fenêtre qui donnait sur la cour.

– Je n’en peux plus de Netflix et des émissions… et j’ai toujours détesté les infos, disait-il à Gerald, un ami venu lui rendre visite.

– Tu lis un peu ?

– J’ai déjà fini 3 livres. Je n’en peux plus. Et je déteste les chaînes d’information. J’ai juste envie d’aller courir ou d’aller marcher. De descendre de ma tour.

Il tourna son fauteuil roulant pour faire face à la large fenêtre. On pouvait y voir un jardin public, abrité de la rue par plusieurs immeubles.

– Je m’ennuie tellement… je deviens fou.

Ken leva les yeux au ciel. Il était fatigué et déprimé.

– Tu pourrais utiliser ça ? lui dit Gerald en sortant un lourd appareil photo de son sac-à-dos.

– Mais qu’est-ce que c’est que ce vieux machin… tellement vieux qu’il a besoin de pellicules, répondit Ken en lui rendant l’appareil.

Gerald ne reprit pas l’appareil. Au lieu de cela, il sortit de son sac un objectif et un trépied qu’il donna à Ken.

– J’aimerais te remercier mais je ne suis pas sûr que le cadeau le mérite…, dit-il en marmonnant.

– Fais-moi confiance, lui dit Gerald avec une petite tape sur l’épaule. Quand je me suis cassé la jambe, cet appareil m’a sauvé. Les gens sont étranges. Tu devrais les observer.

– Mais c’est toi qui es bizarre ! Sérieusement ? Observer les gens ?

Il posa l’appareil photo sur la commode près de ses boîtes de médicaments.

– Toi tu es photographe. C’est normal que ça t’ait sauvé. Moi, je suis un sportif. Je ne peux pas rester assis.

Ken tourna son regard vers le plafond. Il était dépité et exaspéré.

– Tu verras que tu ne voudras plus me rendre l’appareil une fois que tu auras commencé à observer les gens.

– Pffff tu parles, dit Ken en balayant ses paroles de la main. J’aime être regardé mais pas scruter les autres. Je n’ai pas envie de vivre enfermé ici. J’ai besoin de dépenser mon énergie.

Gerald essaya de le rassurer une dernière fois avant de partir. Il savait, lui, qu’un vieil appareil photo pouvait changer la vue.

– Fais moi confiance. Tu vas l’adorer.

Ken se contentait d’être énervé par la situation, de détester son fauteuil roulant, de se sentir frustré par sa jambe cassée.

La semaine suivante, ses anti-douleurs, la télévision et l’ennui mortel de ses journées avaient eu raison de son sommeil. Il passait ses journées à dormir et était en revanche pleinement réveillé dès l’aube.

Il passait un temps considérable à regarder par la fenêtre de la cour. Très rapidement, il connut tout des habitudes de ses voisins. A l’étage du dessus, l’un des appartements avait une très large fenêtre. On y voyait des couleurs tourner et chatoyer à l’intérieur. Pendant des heures. La nuit, les fenêtres étaient ouvertes et il pouvait entendre du jazz s’échapper de l’appartement. Le reste du temps, les rideaux étaient tirés.

Au même étage que Ken vivait une vieille dame qui adorait son chat. Elle lui donnait du lait frais et lui gardait de la nourriture sur le rebord de la fenêtre. Elle caressait son chat qui passait et repassait sur le rebord en briques. La vieille dame était debout bien avant le soleil mais éteignait les lumières et tirait les rideaux juste après son coucher.

De l’autre côté du jardin, une femme très souple vivait un étage au-dessus du sien. Ses rideaux n’étaient pas ouverts très souvent. Mais quand ils l’étaient, Ken pouvait admirer sa souplesse. Il n’arrivait pas à savoir si c’était une gymnaste, une danseuse de ballet ou une prof de yoga. Elle était capable de lever sa jambe à la verticale contre un mur. Et tout un tas de choses incroyables avec son corps. Ces quelques moments volés étaient plein de grâce. Ken en vint à se dire que Gerald avait eu raison. Il avait du mal à l’admettre mais il gardait toujours l’appareil photo sur ses genoux.

Il y avait également une autre femme. Elle habitait pile en face de chez lui, de l’autre côté du jardin, deux étages plus bas. Cet angle lui donnait une vue imprenable sur son appartement. Elle laissait toujours les volets et les stores ouverts. Elle aimait cuisiner et avait un emploi du temps précis qui rythmait ses journées. A 17h, elle commençait à cuisiner. A 18h, elle dressait la table. Elle se servait une petite portion et réservait le reste. Plus tard dans la soirée, elle jetait le reste à la poubelle.

Elle s’installait ensuite dans le salon pour se détendre devant la télévision ou lisait un livre. Souvent, elle buvait du vin rouge dans un verre à pied. Plus tard dans la soirée, elle se dirigeait vers sa chambre. Parfois en titubant légèrement. Une fois, à travers l’objectif de son appareil, il la vit avaler plusieurs shots d’alcool fort. Elle fut très vite saoule. Elle termina sa soirée étalée sur son lit et s’y endormit. Directement sur la couette et sans oreiller. Sa tête n’était pourtant qu’à quelques centimètres d’une pile d’oreillers confortables. Elle ne prit pas la peine de retirer sa jupe noire ni sa blouse jaune. Et n’essaya même pas de retirer ses chaussures. Ken observait un de ses escarpins qui se balançait au bout de son pied. Cela prit près d’une heure avant qu’il ne tombe sur le sol.

Le matin suivant, la copine de Ken lui rendit visite.

– Comment va ta jambe ? lui demandant Lisa Carol après lui avoir déposer un baiser sur la joue.

– Elle me fait un peu mal.

– Et ton ventre ?

– Vide !

– Je vais te préparer un petit truc.

Elle se dirigea vers la cuisine. Il l’entendit ouvrir un tiroir puis le réfrigérateur. Lorsqu’il entendit deux bouteilles s’entrechoquer, cela lui rappela sa voisine endormie. Il glissa jusqu’à l’appareil photo sur son trépied. Après avoir ajusté l’objectif, il constata qu’elle était toujours sur le lit, inerte.

Lisa Carol revint dans le salon.

– Est-ce que tu t’es transformé en voyeur ?

– Disons que j’ai des voisins intéressants, lui dit-il sans détacher son regard de l’objectif.

– Et qu’as-tu découvert ?

– Une gymnaste, un fan de jazz et une ailurophile.

– Une amoureuse des chats ? Qui est ce que tu regardes en ce moment ?

– Une femme qui s’est saoulée hier soir. Elle s’est écroulée sur son lit.

– Elle y est toujours ? demanda Lisa Carol.

– Oui, elle est toujours sur son lit.

Lisa Carol prit l’appareil photo des mains de Ken.

– Elle est deux étages plus bas, pile en face d’ici.

Elle trouva rapidement la femme en question.

– Mauvaise nuit…

– Oui. J’ai du mal à la comprendre. Elle prépare des repas incroyables tous les soirs, y touche à peine et jette le reste. Étrange.

Lisa Carol reposa l’appareil photo.

– Peut-être qu’elle espère chaque soir que quelqu’un vienne diner ?

– Si tel est le cas, elle attend pour rien. Il ne s’est pas montré une seule fois en trois semaines.

– Peut-être qu’elle attend une femme ?

– Oui peut-être. En tous les cas, quelle que soit la personne qu’elle attend, elle y met du cœur. Et sans doute trop d’espoir.

– Tu as de la peine pour elle, le titilla Lisa Carol. Alors comme ça, M. Cœur de Pierre commence à éprouver des sentiments ?

– Tu m’as rendu plus sensible, lui répondit-il en s’approchant d’elle.

– Oh.

Elle s’approcha de lui et plongea son regard dans les yeux noirs de Ken. Elle approcha ses lèvres des siennes. Il pouvait sentir son souffle chaud qui sentait la menthe. Le gardant en otage à proximité immédiate de sa bouche, elle lui dit :

– J’ai toujours adoré tes sarcasmes. Ils me réchauffent le cœur.

Elle se recula, sans l’embrasser. Elle remit ses cheveux en place.

– Je vais te préparer un petit déjeuner.

Leur attention fut attirée par des rideaux que l’on ouvrait. Il s’agissait de la jeune femme qui vivait un étage au-dessus de l’autre côté du jardin. Elle profita des rayons du soleil quelques instants, passant ses doigts dans ses cheveux blonds.

Lisa Carol s’empara de l’appareil photo et se mit à l’observer.

– Elle est belle. Elle a un corps musclé et fin. Est-ce que tu prends du plaisir à la regarder ?

– Ses rideaux ne sont pas souvent ouverts. Je n’arrive pas à déterminer si c’est une gymnaste, une danseuse ou une prof de yoga.

– Tu l’as vue ?

– Oui. Elle est souple. Très souple.

Lisa Carol reprit son observation. Cette fois plus longue.

– Est-ce que Mlle Souplesse a des visiteurs ? Tu l’as déjà vu avec quelqu’un ?

– Non jamais. Mais comme je te le disais, les rideaux sont rarement ouverts.

– Pas de cris, de gémissements ? Peut-être des halètements ?

– Lisa Carol…

Ken prononçait son prénom en feignant de la réprimander mais il avait du mal à retenir un éclat de rire.

– Quoi ?

Elle reposa l’appareil photo. Son sourire avait eu raison de semaines de mauvaise humeur causée par son immobilisation forcée. Il ne pouvait pas résister. Il lui sourit.

– Tu es pleine de surprises !

– Tant mieux ! Je comprends que ce soit terrible pour toi d’être bloqué dans ce fauteuil roulant et avec ce plâtre. J’ai envie de t’apporter un peu de gaité.

– Pas de sarcasme ?

– Non, vraiment aucun.

– Alors tu pourrais rester un peu avec moi. Je pense qu’on pourrait s’amuser.

Elle leva un sourcil.

– Mais je dois aller bosser. Tu te souviens ? De 9h à 17h. Dans l’immobilier… Je ne suis pas payée à ne rien faire. Si je ne vends rien, je ne touche rien.

La jeune femme disparut dans la cuisine. Ken entendit bientôt les œufs brouillés cuire dans la poêle et le bacon chanter. Il entendit Lisa Carol fredonner une chanson en préparant le repas. Elle revint avec le tout sur un plateau afin que Ken puisse manger facilement dans son fauteuil.

– Toujours à regarder Mlle Souplesse ?

– Oui. Merci pour le petit déjeuner. C’est l’apogée de ma journée.

– Qu’est ce qui est l’apogée de ta journée ? Le petit déjeuner ou Mlle Souplesse ?

Ken gardait le silence.

– Eloquent.

Alors qu’il mangeait, Lisa Carol reprit son observation et poussa un cri de douleur par procuration

– Elle fait un plié puis une pirouette ! On dirait une danseuse de ballet. Whaou. Elle est vraiment hyper souple.

En entendant le commentaire de Lisa Carol, Ken faillit lâcher sa fourchette :

– Elle a un petit corps bien ferme. Pas du tout de gras sur les cuisses. Que du muscle. Les bras musclés. Un cou fin. J’adore sa coupe et sa couleur de cheveux. Un joli blond cendré. C’est très à la mode.

Et la voilà qui se met à faire des positions de yoga. Chien tête en bas. Mamma mia ! Demi-lune. Posture du corbeau. Elle est forte. Peut-être qu’elle est prof de yoga en fin de compte. Aïe, ça me fait presque mal de la regarder.

Lisa Carol se tut.

– Elle peut poser sa jambe à la verticale sur le mur, lui dit Ken. J’ai rarement rencontré des filles pourtant sportives qui pouvaient se contorsionner de la sorte. Beaucoup pouvaient faire le grand écart mais peu étaient aussi souples.

– Même pas moi ? demanda Lisa Carol pour le titiller.

– Tu as d’autres qualités. Crois-moi, tu sais t’ouvrir au bon moment et au bon endroit.

Elle lui donna une petite tape sur l’épaule.

– J’ai bossé dur pour ça aussi.

– Peut-être que tu aurais besoin d’un peu plus d’entraînement dans ce domaine aussi ? lui lança-t-il en retour.

Les mains sur les hanches, elle lui répondit :

– Et avec qui est ce que je pourrais m’entraîner ? Tu es en fauteuil roulant.

– Oh mais je peux toujours faire des choses.

Ils rirent. Elle s’approcha de lui en déboutonnant le premier bouton de sa blouse :

– Ah oui ? Il va falloir que tu me montres.

Il se cambra sur son fauteuil pour l’embrasser mais elle se déroba à son baiser, le titillant toujours.

Ken reprit son observation de Mlle Souplesse avec son objectif.

– Alors ? Une conclusion : ballerine ou prof de yoga ?

– Je n’arrive pas à me décider. Et Mme Cœur Solitaire ? Elle est toujours endormie ?

– Toujours sur son lit. On dirait bien que oui.

– Je me demande ce qui l’a mise dans cet état ? dit Lisa Carol.

– Plusieurs shots cul sec. Elle n’est pas très grande ni très grosse, elle doit vite être assommée.

– Ce que je me demandais ce n’est pas ce qu’elle avait bu mais pourquoi elle a bu ? Quelque chose a dû la contrarier et lui donner envie de boire.

La montre connectée de Lisa Carol se mit à vibrer.

– Quoi ? Déjà ! J’ai un rendez-vous dans le centre dans 1h. Je reviendrai ce soir. Je ferai un peu de ménage et je te préparerai un petit dîner. Tiens-moi au courant pour les voisines. Ce soir, on essaiera de savoir ce qui a poussé Mme Cœur Solitaire à se mettre dans cet état.

Elle embrassa Ken sur la joue et sortit. Très rapidement, Ken s’endormit, rassasié par ce petit déjeuner et fatigué par une nuit sans sommeil. Lorsqu’il ouvrit les yeux à nouveau, il était 16h.

L’appartement de Mme Cœur Solitaire était plongé dans le noir. Les volets et les rideaux empêchaient de voir quoique ce soit. Quelques étages plus haut, chez Mlle Souplesse, les rideaux étaient également tirés. La vieille dame caressait son chat sur le rebord de sa fenêtre. Du jazz s’échappait par la fenêtre de l’autre appartement. Pour Ken, du jazz et une après-midi ensoleillée étaient antinomiques. Il ferma donc sa fenêtre pour ne plus entendre la musique.

Il se demandait si Mlle Souplesse recevait parfois des hommes chez elle ou si elle allait parfois chez un homme. Il aurait aimé qu’elle invite un homme chez elle. L’imaginer crier de plaisir l’excitait. Mais peut-être qu’au lit, Mlle Souplesse était une femme très silencieuse. Peut-être qu’un énorme pénis lui arrachait un cri ou un soupir lorsque la pénétration se faisait profonde. Peut-être aussi qu’elle préférait les femmes. Il adorait l’idée du mont de Vénus de Mlle Souplesse se frottant contre celui d’une femme tout aussi souple. Leurs jambes écartées. Leurs clitoris gonflés qui s’embraseraient, leurs lèvres humides se frotteraient et resteraient collées par leurs mouilles puis se décolleraient délicatement lorsque les deux femmes bougeraient. Qui pouvait dire ce qui se déroulait derrière les rideaux tirés…

Mlle Souplesse et Mme Cœur Solitaire l’intriguaient beaucoup. Mais Lisa Carol avait piqué son imagination lorsqu’elle avait parlé d’autres femmes. Lui bien sur avait déjà rêvé d’un trio avec deux femmes. Mais se pouvait-il que Lisa Carol y songe aussi ? Que savait-il de ses fantasmes ? Il sourit.

La journée suivait son cours. Aucun rideau ou volet ouvert à signaler. Ken regarda la télévision mais finit par s’endormir en espérant que le temps passe plus vite.

Lorsqu’elle revint ce soir-là, Lisa Carol avait une information.

– Mlle Souplesse est une danseuse, lui dit-elle en ouvrant la porte de l’appartement. Elle a fait des tournées nationales et a fait partie d’une compagnie de danse reconnue. Elle s’y connaît en danse.

– Comment tu as découvert ça ?

– Une base de données immobilière, quelques recherches sur Internet et un peu de jugeote. Je suis allée dans le hall de son immeuble. J’ai noté les noms sur les interphones et j’ai commencé mon enquête.

– Tu es pleine de ressources, lui dit Ken.

– Je sais.

Elle se frotta les ongles sur la blouse mauve qu’elle portait avec un collier en or autour du cou.

– Est-ce qu’elle est avec quelqu’un ? Mariée ? Pacsée ?

– Je n’ai rien trouvé. Elle n’a acheté aucun appartement avec quelqu’un, lui répondit Lisa Carol. Et toi ? Quelles nouvelles ?

– Les rideaux sont tirés…

Lisa Carol s’empara de la caméra.

– Mais Mme Cœur Solitaire devrait bientôt se mettre en cuisine non ? C’est son heure. J’ai fait en sorte d’être revenue avant 17h.

– J’espère qu’elle va s’y mettre. Même si la gueule de bois peut modifier les habitudes d’une personne.

Lisa Carol s’enfonça dans son fauteuil.

– Je n’arrive pas à comprendre ce qui a pu la pousser à boire autant. Tu as bien dit que personne n’était venu pour le diner ? Est-ce que quelqu’un est venu à un autre moment ?

– Non pas depuis que je l’observe. Ah quoique… un homme est venu une fois. Il est resté sur le pas de la porte mais elle l’a pris dans ses bras. Elle avait l’air heureuse d’après ce que j’ai pu observer d’ici.

– Il n’est resté que quelques minutes ?

– Vraiment quelques instants. Et s’il n’y avait pas eu cette embrassade, j’aurais juré qu’il s’était trompé de porte.

– Mmmh, dit Lisa Carol en se tapotant la bouche avec l’index, un homme…

– Qu’est-ce que tu en penses ? lui demandant Ken.

Son visage s’éclaira soudainement.

– On devrait lui inventer un admirateur secret. Ça la rendrait heureuse, ça l’occuperait un peu et la détournerait de l’alcool. Moi, j’ai toujours aimé recevoir ce genre de lettres.

Ken commença à lui dire que ce n’était pas une bonne idée.

Avant qu’il ait le temps d’aller plus loin dans son objection, Lisa Carol lui dit :

– J’ai besoin d’une feuille, d’une enveloppe et d’un stylo. C’est toi qui va écrire la lettre. Il faut que ce soit une écriture masculine.

– Tu vas faire un avion en papier et lui envoyer par le jardin ?

Lisa Carol rit.

– Non, je vais déposer la lettre devant sa porte.

– Ce n’est pas une bonne chose à faire. C’est jouer avec ses sentiments.

– Mais non ! On va lui faire sa journée. On lui enverra des lettres et des cadeaux. Et plus tard, on les fera se rencontrer. Elle et son admirateur secret.

– Son admirateur secret fictif ?

– Tu as plein de copains célibataires. Et moi aussi. L’un d’eux pourrait très bien jouer ce rôle d’admirateur secret. Surtout quand il aura vu à quel point Mme Cœur Solitaire est belle.

Ken acquiesça d’un mouvement de tête. Après tout, cette histoire pouvait avoir un dénouement heureux. Même si les cas où l’admirateur secret et l’objet de son désir finissent en couple sont plutôt rares. Mais pourquoi pas.

Lisa Carol lui tendit une feuille et un stylo et lui dit :

– Écris ceci :

« Chère admirée,

Je suis fasciné par ton humilité et ta gentillesse depuis la première fois que nous nous sommes croisés. Je n’ai pas réussi à me retenir de penser à toi. J’attends le jour où j’aurai le courage de me présenter devant toi en personne et de te parler avec une grande impatience. Cela ne devrait plus être long. »

Après avoir apposé le point final, Ken lui dit :

– On dirait que tu as l’habitude d’écrire ce genre de lettres.

– J’en ai lu pas mal. J’en trouvais dans mon casier à l’école primaire. Les lettres s’amélioraient à mesure que les garçons devenaient des ados. Et puis la dégringolade une fois devenus des hommes. Et, précisa-t-elle en levant l’index, je lis des romans d’amour.

– Tout s’explique.

– Oh, tu devrais ajouter ceci : « J’espère que tu aimeras les cadeaux que je vais te faire. Sache que je t’aime et que je ne souhaite que ton bonheur ».

– Quels cadeaux ?

Lisa Carol toucha le bout du nez de Ken avec son doigt :

– Chaque chose en son temps.

 

* La suite la semaine prochaine !

**Cette nouvelle a été traduite de l’anglais d’après un texte écrit par Claire Woodruff. Vous pouvez découvrir le texte en version originale ici.