Le Trésor du Royaume.

Il était une fois un roi puissant et une reine adorable qui organisaient un grand bal afin de trouver la femme idéale pour leur fils, le prince Léo.

L’événement était somptueux et rassemblait toute la noblesse du royaume. Les femmes de haute naissance portaient de longues robes et de lourds colliers en diamant. Les hommes de renom avaient revêtu leurs plus beaux costumes et leurs écharpes. Afin qu’il rencontre l’épouse idéale, le roi et la reine avaient autorisé les jeunes filles à se présenter elles-mêmes au prince. Si la soirée se déroulait comme prévu, le prince trouverait chaussure à son pied : une femme qu’il aimerait et qui deviendrait la reine que le peuple chérirait.

Les jeunes femmes se présentaient rapidement devant le prince Leo. Elles s’inclinaient gracieusement et il inclina la tête à leur passage. Si l’une d’entre elles attirait son regard, il donnait un petit mot à son valet, Gustav. Plus tard, Gustav se chargeait de les retrouver et de les ramener afin qu’elles puissent, chacune à leur tour, danser avec le prince.

Le roi et la reine savaient que l’amour allait bien au-delà de la simple beauté physique aussi, pour leur danse avec le prince, les jeunes filles portaient des masques richement décorés sur le visage et avaient interdiction de donner leur nom au prince Léo. Elles étaient au nombre de douze.

Le prince ne ressentait aucun attrait pour ces jeunes femmes. Certaines étaient froides. D’autres semblaient faibles. Aucune d’entre elles ne semblait avoir d’aspérité. Toutes sauf une. La treizième fille qui lui fut présentée éveilla sa curiosité. Après leur valse, elle apporta au prince un verre de vin.

– Dis-moi qui tu es si tu dois devenir ma femme, lui dit le prince.

Elle refusa.

– C’est impossible. Je ne peux vous dire mon nom tant que je porte cette robe et ce masque.

– Comment te retrouverai-je alors ?

– Je vous aime mais je ne peux vous dire mon nom. Et si je le faisais, mon nom serait connu et maudit dans tout le royaume.

 

Elle offrit alors au prince Léo un cadeau un peu spécial.

– Ceci sera ton guide pour me retrouver. Et si tu n’y parviens pas, c’est que les dieux n’avaient pas décidé que nous serions roi et reine ensemble.

 

Elle plaça une lourde pièce d’or dans la main du prince Léo. Elle avait la forme d’une larme et un diamant étincelait à l’une de ses extrémités.

 

Une fois la jeune fille partie, le prince appela son valet.

– Gustav, qui était-elle ? Tu es le seul à connaître le nom de chacune des filles avec lesquelles j’ai dansé.

– Je connais en effet le nom des douze demoiselles. Mais il n’y en avait pas treize, lui répondit-il.

– Alors elle a dû danser deux fois avec moi.

– Je n’aurais jamais permis qu’une même jeune fille danse deux fois avec vous. Si vous n’aviez pas paru si intéressé, je l’aurais chassée sur le champ.

– Elle m’a dit « Cherche moi à travers ton royaume. Cette larme sera ton guide pour me retrouver ». Comment pourrais-je la retrouver si je ne sais même pas d’où vient cette pièce ?

Le prince tendit la larme dorée à Gustav.

– Je n’ai jamais rien vu de tel, répondit Gustav. Un bijou si large et décoré, avec ce diamant si brillant qu’il rendrait jalouse toutes les reines.

Il remarque une inscription : « Au roi, à la reine, au prince. Que tous connaissent le plaisir en mon nom ».

– Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? demanda le prince.

– Je vais convoquer les douze jeunes filles. Lorsqu’elles se tiendront devant vous, vous devrez reconnaître celle que vous aimez et qui vous a confié ce trésor, lui dit Gustav.

– Très bien, va les chercher, ordonna le prince

Le valet sortit précipitamment. Le prince Léo tenait la larme dorée dans sa main. Il décida de la faire examiner par les sages du royaume qui étaient au service de son père.

– Grands sages, leur dit le prince, je tiens en ma possession un trésor de notre royaume mais je n’arrive pas à comprendre ce que c’est. J’offre comme récompense à celui qui m’aidera à déterminer sa fonction une grande parcelle de terrain sur notre royaume car il aura ainsi contribué à sauver ma famille et notre dynastie.

Il leur tendit la larme avec son diamant scintillant. Les hommes retirent leur respiration devant sa beauté et sa luxuriance. Les sages reconnurent qu’il s’agissait bien d’un véritable trésor.

La larme dorée fut posée sur un écrin violet et chaque sage passait devant pour observer attentivement cet objet mystérieux. Les hommes étudiaient la composition du métal et du diamant ; certains racontaient des histoires passées de trésors anciens ; d’autres questionnaient les esprits à propos de cette larme.

Lorsque le dernier sage fut passé devant le trésor, le prince craignit de ne jamais retrouver la jeune femme, celle qu’il voulait faire reine.

Pendant ce temps, Gustav avait fait revenir au château les douze damoiselles qui avaient dansé avec le prince Léo.

– Laquelle d’entre vous a dansé deux fois avec moi ? demanda le prince Léo assis sur siège sur l’estrade.

Aucune d’entre elles ne reconnut avoir dansé deux fois avec lui :

– Danser deux fois avec le prince ou lui révéler notre nom nous était interdit.

Le prince dansa à nouveau avec chacune d’entre elle. Cette fois encore, il ne ressentit avec aucune la magie qui avait opéré avec la détentrice du trésor.

– Renvoie les toutes, ordonna-t-il à Gustav.

Il se rassit, désespéré, craignant d’avoir perdu son amour pour toujours. Les jours passant, il sombrait de plus en plis. Les hommes savants revinrent le voir avec leurs hypothèses sur la larme et son diamant.

– L’or extrait et le diamant proviennent sans doute d’une terre très éloignée car nous n’avons pas de métal pareil sur nos terres, dirent les alchimistes.

– Aucun livre dans nos bibliothèques ne fait état d’une telle beauté ni d’une telle richesse. Jamais conçue ou dérobée, dirent les historiens.

Les sorciers du Nord et les devins du Sud ne purent rien affirmer de précis concernant cette larme dorée. Les magiciens confessèrent que ni les esprits dans les brumes matinales ni ceux qui dansent généralement dans les flammes n’avaient apporté de réponse.

Le prince Léo était en colère :

– Aucun des savants du royaume ne sait ce qu’est cette larme ! Ça en dit long sur les conseillers de mon père.

Cette nuit-là, le prince Léo erra dans les couloirs sombres du château, contrarié et un peu vexé que ce trésor lui résiste.

Il entendit derrière lui un bruit de petits pas feutrés. Et entendit ensuite une petite voix inquiète :

– Monseigneur, quelque chose ne va pas ?

Une jeune servante s’inclinait. Il se retourna pour la regarder mais il vit son regard s’éclairer lorsqu’elle aperçut la larme dorée dans sa main.

– Tu sais ce que c’est n’est-ce pas ? lui dit-il en tendant la larme vers elle.

– Oui mon prince.

Elle ne pouvait détacher ses yeux de la larme.

– Dis-moi ce que c’est.

Elle s’inclina à nouveau, hésitant à répondre à sa demande.

– Je ne peux pas. C’est impossible pour moi de le dire devant vous qui êtes de sang royal sous peine de voir mon nom entaché à tout jamais.

– Je t’ordonne, en tant que souverain, de me révéler ce mystère. Même les hommes sages du roi n’ont pu m’éclairer.

Elle se tenait prostrée devant le prince. D’une voix effrayée, elle lui dit :

– La larme dorée donne du plaisir aux femmes.

– Tes paroles sont confuses. Du plaisir ? Montre-moi de quel plaisir tu parles afin que je comprenne.

Il vit que la jeune servante était dans un état de panique terrible.

Il s’agenouilla devant elle, lui prit doucement le menton avec la main pour lui relever la tête et croiser son regard où il lut son angoisse.

– Ce que tu pourrais m’apprendre pourrait me conduire à ma reine, à celle que j’aime. Au nom de l’amour, aide-moi.

– Si tel est votre souhait, lui dit-elle. Que la pierre vous mène à notre future reine.

Elle le conduisit dans une chambre. Dedans, s’y trouvait un lit de petite taille. Les draps et les couvertures étaient changés chaque jour ainsi que la famille royale l’exigeait même si la chambre n’était pas occupée.

Elle regarda le prince Léo. La peur se lisait toujours dans ses yeux sombres. Pourtant, ayant reçu un ordre de son souverain, elle se détourna de lui. Elle dénoua ses longs cheveux blonds les libérant de son chignon serré. Elle se pencha vers ses chevilles et souleva les bords de sa robe. Le prince regardait la robe se soulever et révéler ses jambes pâles jusqu’à ce que ses fesses soient découvertes.

– Approchez-vous de moi, lui dit-elle. Elle s’est appuyée sur le lit, y posant sa poitrine et écartant les fesses. Ce qui apparut ressemblait à un soleil dardant ses rayons.

– Touchez-moi avec la larme dorée mon Prince, dit-elle en le guidant.

Le prince Léo plaça le trésor du royaume à l’endroit indiqué. Elle frissonna dès le premier contact.

– Enfoncez-la en moi. Ne vous préoccupez pas de mes souffrances.

Le prince fit ce qu’elle lui demandait. Le dos de la femme se cambra et se tendit sous la pression. Son front plissé se détendit avec l’arrivée des pulsations.

– Oh mon Dieu, dit-elle en se mordant les lèvres, qu’est-ce que ça m’avait manqué.

Elle écarta encore davantage les jambes, donnant une meilleure vue au prince. Il vit ses lèvres s’écarter doucement. Elles étaient trempées, brillantes.

– Oui ! cria-te-elle. Mon Prince, vous me donnez ce que je désire depuis…

Elle ne finit pas sa phrase et se mit à hurler sauvagement. La larme dorée l’avait pénétrée complètement, laissant seulement le diamant à l’extérieur, délivrant sa lumière dans la chambre.

Elle soupira. Les mains agrippées à la couverture du lit. Reprenant son souffle, elle lui dit :

– Enfin !

Elle se releva et marcha vers le prince Léo. Il remarqua que son visage s’était transformé, qu’elle souriait et que ses yeux brillaient. Il reconnut alors la jeune femme avec laquelle il avait dansé.

– Ma reine ! Mon amour ! cria-il plein d’excitation. Je t’ai cherchée et c’est toi qui m’a trouvé.

– Mon roi, mon souverain !

Ils s’embrassèrent. Elle posa sa tête sur son épaule et il caressa ses longs cheveux blonds.

– Comment se fait-il que la larme dorée ait été en ta possession ?

– J’ai été choisie pour être votre reine il y a des années de cela. Je l’ai porté et me suis donnée du plaisir avec avant que je vous la confie.

Bientôt la noce fut célébrée. Invisible et à l’insu de tous, sous sa longue robe de mariée en soie et sa longue traîne, le diamant brillait ; la larme dorée bien enfoncée en elle.

 

* Cette nouvelle a été traduite de l’anglais d’après un texte écrit par Claire Woodruff. Vous pouvez découvrir le texte en version originale ici.