Les patineuses à roulettes – Fiction érotique

Marissa fit un double nœud aux lacets des patins à roulettes qu’elle venait de louer. Les chaussures montantes couleur havane étaient munies de quatre roues orange vif – l’une cloutée à l’arrière afin de servir de frein de fortune.

Assise sur le banc, elle fit rouler ses pieds d’avant en arrière sur la moquette fluorescente usée et recouverte d’étoiles.

« Ça doit faire environ 20 ans que je n’ai pas fait de patin », dit Marissa.

« Vingt ans seulement ? », lui lança son amie Rachel.

Marissa haussa les sourcils et tourna la tête sur le côté, s’interrogeant sur la véracité de sa déclaration.

« Je n’en admettrai pas plus ! »

« Ne t’inquiète pas. On était ensemble », dit Rachel. « Je me souviens avoir patiné sur la chanson « Supersonic » d’un groupe de rap. Je ne sais plus lequel. »

« Supersonic, motivating rhymes… la la da da. J’ai oublié le reste des paroles. »

« Je n’avais jamais écouté les paroles. »

« Parce que tu patinais avec les garçons ! »

Marissa balaya le commentaire avec fierté. « Euh, toi aussi. Tous les garçons venaient vers nous. »

Marissa regarda ses pieds chaussés de patins à roulettes, puis Rachel.

« Il se peut qu’ils viennent encore vers nous, mais cette fois-ci, pour une raison différente », dit Marissa.

« On est venues ici ce soir pour faire du patin, alors allons-y. »

Marissa s’agrippa à une chaise voisine pour se préparer à se lever. Sachant qu’elle allait devoir tenir sur ses roues, elle avait une peur panique de tomber sur le cul devant tous les patineurs de la patinoire, les préadolescents qui gloussaient et les patineurs vétérans. Son plan d’action consistait désormais à tourner lentement en rond autour de la patinoire sans jamais se retrouver sur le sol. Et si l’élan et la gravité prenaient le dessus, elle s’accrocherait à n’importe quel mur ou à n’importe qui pour se rattraper.

Ses mains se crispèrent sur la chaise. Elle se souleva. Les patins roulèrent vers l’avant et elle fut entraînée vers l’arrière mais se pencha vers l’avant au niveau des hanches pour trouver l’équilibre. S’accrocher à la chaise était une question de survie. Ayant très peu d’équilibre, elle craignait d’avoir les fesses noires et bleues et, pire encore, d’entacher sa réputation.

« Je vais avoir besoin de beaucoup de soutien. »

Rachel tenta de l’encourager. « Tout ira bien. Accroche-toi à moi. »

« Comment pourrais-je m’accrocher à toi ? On va se retrouver toutes les deux par terre. »

Marissa respira profondément et lâcha la chaise. Elle saisit la main de Rachel et la serra fort.

Alors qu’elles s’approchaient de l’entrée de la patinoire en bois dur, elles regardèrent de très jeunes enfants piétiner avec leurs patins sur le sol, comme s’ils marchaient dans une boue épaisse. Deux filles rieuses glissaient lentement, tout en regardant un garçon mignon à l’autre bout de la patinoire. Un adolescent passa en trombe avec une paire de patins noirs aux roues vert fluo et aux lacets assortis. Il semblait voler vers l’avant, puis se retournait pour patiner en arrière. Ce n’était pas un amateur. Un autre duo de filles le suivait, même si elles avaient du mal à observer son rythme.

Marissa glissa avec Rachel jusqu’à l’endroit où le tapis rugueux et le bois dur de la patinoire se rejoignaient – l’équivalent pour elle d’une falaise.

Des lumières laser de toutes les couleurs tournoyaient sur le sol et le long des murs au même rythme que la musique.

« Oh, mon Dieu ! Mais qu’est-ce que je fais là ? » cria Marissa.

Rachel entraîna Marissa avant que cette dernière n’ait le temps de changer d’avis et de ne rester qu’une simple spectatrice sur roues, appuyée contre un mur à hauteur de la taille. Rachel et Marissa couinèrent comme elles l’avaient fait vingt ans auparavant. Leurs gémissements étaient maintenant motivés par des raisons différentes.

L’esprit de Marissa s’était échappé vers cette époque révolue.

Marissa était une adolescente pleine de joie de vivre. Elle patinait facilement sur le rythme à deux temps de Supersonic, par J.J. Fad. Les haut-parleurs surdimensionnés de la patinoire diffusaient ce rythme électronique lourd et direct. Les sons rebondissaient, se répercutaient dans la pièce, et faisaient vibrer la poitrine de la jeune femme. Les lumières tourbillonnaient au-dessus de la tête, tournoyaient et dansaient sur le parquet. Tout cela à l’unisson. Des couleurs vives et changeantes, qui se déplaçaient au rythme de J.J. Fad.

La Marissa adolescente n’avait pas peur de tomber. Elle était souple et habile sur ses patins. Elle levait les mains, groovait sur la musique et rappait avec le groupe. Enchantée par l’ambiance. Les mains en l’air et les hanches qui se balançaient d’un côté puis de l’autre.

Elle portait un short en jean délavé à l’acide et un T-shirt New Kids On The Block. Le visage de chacun de ses garçons de Boston rebondissait sur sa poitrine.

De l’autre côté de la patinoire, elle avait aperçu Jeff Lass. Des cheveux bruns coupés courts, un menton fort et un air de ténacité et d’espièglerie mélangé à un joli derrière, le tout emballé dans un jean serré. Il portait sa paire de patins noirs personnalisés. L’inscription « L’As » est gravée à l’aérographe sur le côté de chaque patin. Il était aussi beau, qu’il était frimeur.

« Le voilà », dit Marissa à Rachel.

Rachel était une adolescente elle aussi à la peau lisse et aux cheveux longs et décoiffés. Marissa avait toujours été intriguée par ses yeux bleus qui n’avait d’yeux justement que pour deux choses : les garçons et les vêtements cool.

« Tu crois qu’on essaie de le rattraper ou on se laisse simplement tomber sur les fesses ? Je suis sûre qu’il viendrait t’aider à te relever, tu sais. » Rachel lui adressa un clin d’œil alors que les deux filles continuaient à patiner.

« Tu crois qu’il le ferait ? »

Marissa se couvrit la bouche à cette idée. Elle ne pouvait pas empêcher cette bouffée d’engouement innocent. Elle aimait l’idée que Jeff vienne la secourir et l’emmène dans un endroit merveilleux. Un château, un pique-nique au bord d’un ruisseau tranquille, n’importe où pourvu qu’elle soit dans ses bras puissants, tandis que ses yeux bruns fixeraient son âme, son esprit intérieur, désireux de la connaître.

De l’autre côté de la patinoire, les adolescentes Rachel et Marissa patinaient main dans la main, liées à la fois par ce gars et par leur besoin de soutien en tant que meilleures amies.

Au moment d’engager le virage, Marissa leva son pied droit et le posa par-dessus son pied gauche, en douceur. Puis elle fit marche arrière, et se retourna pour patiner face à Rachel, en lui tenant les deux mains. C’était une technique qu’elle n’avait jamais essayée. C’était naturel et facile.

Avec sa vitesse de frimeur, L’As les rattrapa.

« Mesdames, vous avez l’air en forme et en avez de belles. »

Il les dépassa

« Merci, Jeffrey. »

Le sourire de Marissa illuminait son visage avec une bouffée d’amour adolescent.

« Je crois qu’il préfère qu’on l’appelle Jeff, pas Jeffrey », dit Rachel.

« Vraiment ? Tu crois qu’il m’a entendue ? Qu’il est contrarié ? »

Marissa grimaça à l’idée de contrarier le garçon le plus sexy du coin.

« Je ne pense pas qu’il t’ait entendue. Souris-lui. Il te pardonnera. Laisse-le t’embrasser et tu pourras l’appeler comme tu veux. »

« Oh, tais-toi. » Marissa lui donna un petit coup de poing.

Soudain, dans le temps présent, sans signe avant-coureur, Rachel s’effondra sur le sol et entraîna Marissa dans sa chute. Les deux filles éclatèrent de rire.

« On a besoin de faire une pause. »

« Mais on n’a même pas encore fait le tour de la piste en entier ! »

Une fois debout, les deux jeunes femmes longèrent le mur, s’y accrochant comme si elles se trouvaient au bord d’une falaise. Finalement, elles trouvèrent un banc à l’écart de la patinoire.

« J’ai toujours aimé patiner avec toi. » dit Rachel. Elle prit la main de Marissa dans les siennes et la garda ainsi sur ses genoux.

« C’est ici que tout a démarré. »

« Tu te souviens où ? »

Marissa lui indiqua un coin de la patinoire.

Marissa regarda doucement Rachel. « On pourrait rejouer la scène ? Ce serait plus amusant que de tomber à nouveau. »

Comme tout à l’heure, Rachel aida Marissa à se mettre sur ses roues.

Au-delà de la longue rangée de casiers, il y avait un petit espace dans le bâtiment ovale et oblong.

Rachel poussa Marissa à l’intérieur.

« C’est beaucoup plus petit que lorsque nous avions quinze ans. »

Elles se mirent à jouer leurs rôles de l’époque.

« Tu as déjà embrassé un garçon ? » demanda Rachel.

« Non. »

« Si tu veux sortir avec Jeff, tu dois savoir comment faire. »

« Qui va m’apprendre ? »

« Moi, je pourrais. »

« Tu as déjà embrassé quelqu’un ? »

« Tu veux que je te montre comment embrasser ? »

Leurs yeux se rencontrèrent exactement comme 20 ans auapravant.

« Tu veux que je te montre ? »

« Oui. »

Marissa ferma les yeux et tendit les lèvres.

Rachel saisit la tête de Marissa et colla sa bouche contre ces lèvres tendues. Un instant plus tard, Marissa essaya de se retirer, pensant qu’il s’agissait d’un simple baiser. C’était la façon dont ses parents s’embrassaient à la maison. Mais Rachel ne la lâchait pas.

Marissa sentit la poussée d’une langue puissante. Elle desserra ses lèvres et détendit sa bouche. Elle commença elle aussi à bouger sa langue. La langue de Rachel et la sienne s’entremêlaient, avec leur rugosité, leur humidité et leur chaleur. Leurs mains glissaient sur leurs corps respectifs. Marissa s’accrocha au jean de Rachel pour éviter de tomber à nouveau. Leur baiser dura jusqu’à ce que Marissa sente un halo de transpiration sur son front. Elle interrompit le baiser.

« Où as-tu appris à embrasser comme ça ? »

« Ça t’a plu ? »

Marissa acquiesça.

« Nous pourrions aller chez moi et nous embrasser à nouveau. Je connais d’autres choses à faire aussi. Ça te dit ? »

« Et Jeff ? »

« Travaillons d’abord à nous embrasser l’une l’autre. Il n’est bon que sur des patins. Rien d’autre. »

« Comment le sais-tu ? »

« Je connais les garçons. Les filles devraient d’abord s’entraider. Nous pouvons nous apprendre ce que nous aimons le plus. »

Elle lui fit un clin d’œil.

Marissa gloussa.

« Allons chez moi. »

« Pour en apprendre davantage sur les baisers ? »

« Oui, les baisesr. Enfin, on peut aussi allez plus loin, si tu veux. »

« Comment ça ? »

« Je suis déjà allée plus loin que le simple baiser. J’ai tout aimé. Cela me donne chaud rien que d’y penser. »

« Qu’est-ce que tu as fait d’autre ? »

Rachel jetta un coup d’œil sur le sol.

« Tout. »

« Tout, même avec un garçon ? »

« Non, juste avec des filles. C’était incroyable. Je n’arrivais pas à croire ce que je ressentais. Je veux te montrer. Tu veux essayer ça avec moi ? »

« Bien sûr que j’en ai envie. Tu sais, tu m’excites déjà. »

Rachel passe son pouce sur un téton doux qui ressortait du T-shirt de Marissa.

« Attends qu’on arrive chez moi. Tu vas adorer. »

 

* Cette fiction érotique a été écrite en anglais par Claire Woodruff. Pour la lire dans sa version originale, c’est par ici.