L’Orgasme Prostatique

Le plaisir anal pour les hommes reste un sujet peu abordé, surtout chez les hommes hétérosexuels ! Il y a comme un tabou qui reste ancré dans l’inconscient collectif et qui se concentre autour de plusieurs idées récurrentes : le plaisir anal est réservé aux seuls homosexuels, l’anus est une zone du corps dégradante et la virilité et le plaisir masculin ne peuvent s’obtenir que par la verge.

orgasme prostate

Ces idées reçues sont liées à une vision de la masculinité basée sur la puissance du pénis et la glorification de la pénétration. De ce fait, envisager le plaisir anal et la stimulation de la prostate comme éléments participatifs à la sexualité masculine n’est pas envisageable. Pourtant la physiologie nous apprend que la montée orgasmique ainsi que l’orgasme engagent fondamentalement le périnée et les muscles releveurs de l’anus. Il ne peut donc, même lors d’une pénétration, y avoir de plaisir masculin sans un engagement de cette zone spécifique du corps.

Mais sans aucun doute que ces considérations sont trop à l’inverse d’une vision active de la sexualité masculine parce qu’elles vont dans le sens d’une prédominance très clairement hétéronormée.

Or, la compréhension du lien entre des lieux du corps et le plaisir sexuel s’est beaucoup modifié ces derniers temps et que l’on soit hétérosexuels, bisexuels, gays, queers ou pansexuels, l’anus et la prostate sont de moins en moins considérés comme des espaces non visitables lors d’un rapport sexuel. Et cela seul ou en couple !

Avant d’aller plus avant dans l’étude du plaisir spécifique lié à la stimulation prostatique, il serait bon de comprendre le rôle joué par la prostate dans l’anatomie et la physiologie masculines.

A quoi sert la prostate ?

La prostate est une glande de la taille d’une noix chez un jeune homme (elle a tendance à grossir avec l’âge) qui est placée sous la vessie , au-dessus du périnée et en avant du rectum. Elle comporte trois lobes qui sont en lien avec l’urètre et les conduits éjaculateurs. Un sphincter se trouve sous la prostate. Il aide à expulser le sperme durant l’éjaculation. De chaque côté de la prostate  se trouvent les muscles releveurs de l’anus qui se contractent fortement au moment de la montée orgasmique et de l’orgasme lui-même.

La prostate joue un rôle important dans la fabrication du sperme puisqu’elle produit environ 20% du liquide séminal.

Il est à noter que la prostate est nourrie par des hormones spécifiquement masculines, les androgènes.

Comment stimuler la prostate ?

Il faut d’abord partir à sa découverte sans avoir envie de vivre un ressenti sexuel particulier. Peu d’hommes ont l’habitude de toucher leur prostate ou de la faire toucher par un(e) partenaire. Mais on peut considérer que la découverte solitaire est la plus simple et la plus efficace car elle peut se faire sans la crispation relationnelle liée à cette première découverte.

Pour atteindre sa prostate il faut donc passer par l’anus ! Il y a une distance d’environ 7 cm à travers le rectum avant de sentir la glande sous son doigt (index ou majeur préalablement lubrifié).

On sent alors comme un petit renflement plutôt mou qu’il suffit de masser très légèrement et très doucement. Il est important de souligner que la prostate a besoin d’une approche délicate sous peine de risques d’inflammations parfois désagréables.

Il est bon de souligner qu’une stimulation de la prostate entraine une augmentation du PSA (antigène spécifique de la prostate) qui sert de marqueur dans la recherche d’un éventuel cancer de la prostate ou d’une inflammation prostatique. Cela peut donc fausser les résultats cliniques.

Chaque prostate est différente en fonction des hommes et de leur âge et du niveau d’acceptation de la palpation. C’est pour cela (un peu comme les femmes qui découvrent leurs vulves dans un miroir) qu’il est bon de ne pas utiliser de suite un sex-toy activant le plaisir prostatique mais de s’installer d’abord dans la découverte singulière de cette glande.

L’utilisation d’un sex-toy spécifique viendra un peu plus tard et amènera des sensations plus puissantes et plus précises.

La palpation a aussi l’avantage de permettre de saisir les modalités de ressentis différentes en fonction des points de pression sur la prostate et de trouver une zone plus sensible et plus porteuse d’agréabilité qui est appelée Point P. C’est l’équivalent masculin du Point G chez les femmes !

HUGO

L’orgasme prostatique

Lorsque la prostate a été investie et apprivoisée, la recherche du plaisir prostatique peut se mettre en place tranquillement.

Le mode de stimulation (manuelle ou avec un sex-toy spécifique) est une pression exercée avec délicatesse sur la paroi antérieure. On peut également exercer une pression plus ferme en fonction de la recherche du plaisir escompté. Comme pour les femmes lors d’une stimulation du Point G on peut ressentir une envie d’uriner assez précise. Celle-ci est logique puisque les appareils urinaires et génitaux sont conjoints chez les hommes. Pour éviter cette impression parfois désagréable il suffit de se vider la vessie correctement avant de se lancer dans un jeu prostatique !

La stimulation de la prostate peut amener naturellement à ressentir un orgasme. Ce qui est intéressant c’est que celui-ci est très différent d’un orgasme éjaculatoire. Différent dans son déroulement et dans sa nature. En effet, l’orgasme prostatique peut se vivre sans que le pénis soit sollicité. Les récits d’hommes vivant régulièrement ce type d’orgasme sont assez édifiants. Ils parlent d’un orgasme plus profond, plus intérieur, engageant des sensations qui sont comme des vagues internes avec une durée plus longue qu’un orgasme lié à l’éjaculation. Il n’y a pas de contractions périnéales même si les muscles pelviens profonds réagissent activement.

On ne peut pas dire que l’orgasme prostatique soit plus intense qu’un orgasme habituel. Il serait même moins dynamique ! Mais ce qui en fait sa singularité c’est qu’il provoque des sensations qui sont vécues de l’intérieur et qui se diffusent dans tout le corps. Lorsque l’orgasme éjaculatoire s’inscrit dans un mouvement vers l’extérieur, l’orgasme prostatique, lui est plus intériorisé, plus endogène.

C’est donc une manière pour les hommes d’ouvrir un autre champ de perceptions et de découvrir en eux des capacités insoupçonnées qui les rapprochent peut-être d’une connaissance de ce que vivent les femmes lors de leurs expériences orgasmiques. Le caractère féminin de l’orgasme prostatique est souvent décrit par les hommes. Comme une manière de dépasser la binarité hommes/femmes et de s’installer dans des espaces de reconnaissances communs.

Orgasme prostatique et approche tantrique

Le Tantra est une approche philosophique indienne très ancienne qui associe sexualité et spiritualité dans un parcours actif de découverte de soi et de son rapport à l’autre et au monde.

Ce qui est intéressant c’est la lecture du corps proposé par le Tantra. Et dans cette lecture une place est attribuée à la prostate. Le Tantra propose de prendre conscience de lieux énergétiques du corps appelés les chakras (ou roues d’énergie) en sanscrit et de les activer par des exercices psychocorporels afin de laisser l’énergie circuler dans l’ensemble du corps amenant ainsi bien-être et félicité.

Le premier chakra, appelé aussi chakra racine est en lien avec les organes génitaux et la prostate. Son centre se situe au milieu du périnée. Son activation permet l’éveil de l’énergie qui remontant le long de la colonne vertébrale permet l’accès à des sensations particulièrement fortes et libératrices.

Ainsi la stimulation de la prostate (et à plus forte raison, l’orgasme prostatique !) peut ouvrir le chemin vers une connaissance de soi et une connexion à des énergies corporelles puissantes.

Voici une raison supplémentaire de tenter l’aventure de la découverte de l’orgasme prostatique !

Bibliographie :

Bill Brent « Le guide du plaisir anal (pour lui !) Tabou Editions

Aislim Emirzian et Charlie Glickman « Le guide tabou du Point P et du plaisir prostatique » Tabou Editions

Pr François Desgrandchamps « La prostate, on en parle ? » Editions Marabout

Martin Page « Au-delà de la pénétration » Le nouvel attila

Dr Patrick Papazian et Edouard Klein « Prostate, l’organe mystérieux qui vous veut du bien ! » Editions de l’Opportun

Article écrit par Alain Héril

Alain Héril est psychanalyste et sexothérapeute. Il a exercé en cabinet pendant 27 ans. Il forme des sexothérapeutes et des psychopraticiens depuis plus de 20 ans au sein de diverses écoles de formation à la psychothérapie et au coaching. Il co-dirige le centre de formation à la psychothérapie intégrative « Indigo Formations ». Il a écrit plusieurs ouvrages sur la sexualité et le couple qui sont traduits en plusieurs langues, son dernier ouvrage paru est « L’orgasme thérapeutique » Editions Grancher. Il est également professeur émérite à l’université de psychanalyse HSE de Moscou, membre du comité d’experts de Doctissimo et a été nommé « ambassadeur de lumière » par l’Unesco dans le cadre de l’année de la lumière 2018. Il est également directeur pédagogique du Diplôme Universitaire européen de psychopathologie (Université Miguel de Cervantes de Vallaloïd).

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