Ce Noir Sera parfait – Épisode 3 : À la seule avancée de son bras

Ce texte appartient à une série d’histoires qui se suivent, rendez-vous ici pour découvrir la première : Savez-vous, cher Antoine…

 

Héliette Berthoux avait le cheveu dru. Court et dru. Qu’elle le portât court n’était évidemment d’aucun mystère pour Antoine, mais dru, oui, et si dense, jamais il n’en eut de plus franche révélation qu’au moment de prendre congé d’elle…

A la seule avancee de son bras

La royale invitation que sa supérieure lui avait adressée avait été perturbée d’un incident – une élève de quatrième s’était cassé un bras, et la dégustation de café ou de thé avait été interrompue de plusieurs coups de fil à son domicile, dont celui d’un chef pompier particulièrement tatillon… Las ! c’est à la minute, enfin, où la directrice rejoignait Antoine sur le canapé qu’un excès de conscience professionnelle l’obligea, lui, de jeter un œil à sa montre : las, las, las, trois fois hélas, il aurait dans dix minutes à prendre son service !

Il se leva.

— Mais que faites-vous ? Vous partez ?

Il prit une mine désolée. Héliette Berthoux venait à peine de se rasseoir, il se tenait debout devant elle, lui surprenant une mine qui ne l’était pas moins, désolée, mais va, il y aurait, pensa-t-il, d’autres occasions ! L’infortune où cette pauvre collégienne les avait plongés tous les deux pendant une bonne demi-heure ne leur interdirait rien par la suite, Antoine en rassurait son hôte, compatissant au passage à l’obligation où elle s’était soumise de s’occuper de l’urgence du moment, surtout qu’elle n’aille pas croire qu’il lui en tiendrait rigueur…

— L’urgence du moment, mon cher Antoine, vous ne pensez pas si bien dire !

Il esquissait de lui tendre la main, la remercier, lorsqu’elle le devança dans le geste, mais le devança d’une telle spontanéité, d’une telle fringale tactile qu’elle avait en un rien fondu sur lui, paume à plat et doigts en étoile, de la précision d’un missile guidé au laser, à ne viser du pantalon que l’endroit où normalement un homme en public s’astreint à la discrétion, et même à complète platitude ! Bref… Courts et drus, ses cheveux, on l’a dit ; qu’elle eût, de surcroît, de son membre supérieur une utilisation inverse, longue et déliée, Antoine ne s’y attendait pas, et plus rapidement qu’il n’aurait fallu à ces messieurs de la salle des profs pour le fantasmer, voilà qu’il s’en était trouvé déboutonné, mieux : capturé, salivé, absorbé, englouti…

La situation lui commanda de réagir.

À béante braguette, il s’était saisi par les cheveux de sa soudaine bienfaitrice, et c’est là que l’envahit aux extrémités un affolant plaisir… Des picotements… Des démangeaisons… Les unes, d’ailleurs, tout en contraste avec les autres : au bout de ses doigts, le dru d’un cuir chevelu ; la guimauve d’une langue au bout de sa queue !…

Parfois, entre deux gourmandises, Héliette Berthoux remontait vers lui ses grands yeux en offrande, et il redoublait alors de la maintenir encellulée entre ses mains, s’enfonçant en elle.

Parfois encore, c’est elle qui le calait entre ses jambes, se rapprochant du bord du canapé comme elle l’avait fait dans son bureau sur son fauteuil, à se positionner, se placer d’attaque, lianes ouvertes et genoux pliés, à le presser, lui, par les tibias et s’accrocher à lui par la bouche autant qu’une barque à une bitte par gros temps dans un port, remuant dans tous les sens, ballottée, la jupe rebroussée par vagues, le bassin travaillé de remous. Entièrement en chantier, la sangsue, mais à poste !

Revenons cependant à l’entame de la manœuvre : le surprenant avait été que la directrice avait, pour ainsi dire, raidi Antoine à distance… D’une espèce de fluide !… Dès l’envol de sa main, en effet, et malgré les épaisseurs, il ne lui fût, à lui, d’aucune malsaine prétention à se déclarer ainsi : de fer !… Un miracle !… Oui, en un éclair, il avait bandé comme il ne se souvenait pas d’y avoir déjà été conduit : de fer ou de miracle, un phoque !

Alors, à présent qu’elle l’avait sorti, déballé, à présent qu’elle s’entortillait sur lui, à vif, d’un jargon de plus en plus clapoteux, à présent que sa langue et ses lèvres en devenaient bourbeuses, les mots eussent manqué à n’importe qui d’avoir à décrire la turgescence dont le phoque était armé, Héliette Berthoux ne le lâchant pas, le léchant, le suçant, lui façonnant d’une telle application la part la plus mâle de sa personne que même un cyclone de Grand Nord ne pût la dérober de son ouvrage… De temps en temps, formant avec ses doigts un tunnel, elle y coulissait le sexe abruti ; de temps en temps, c’était par en dessous qu’elle le gobait ; ah ça, oui, force était d’en convenir : la dame savait recevoir !

Et ce fut l’instant…

L’instant où Antoine crut l’égorger !

De sa longueur entière, à lui, sans ménagement, il s’en vint tout d’un coup à disparaître totalement dans la bouche exquise, et véritablement ce fut cela : l’égorger, l’éventrer !… Et qu’on ne lui parlât pas en cet instant-là d’un point de vue opposé, de ce que, par exemple, il pût être, lui, comme aspiré, disparu, foutaise ! Sa tête à elle, Antoine l’empoignait, la flanquait contre son bassin, quasiment à la faire vomir, mâchoires au maximum écartelées, pour elle à ne plus manifester de vivant que des paupières plissées, démesurément plissées, à s’en aplatir toujours plus les pommettes, s’en détruire le front… Ah oui, mille fois oui, c’en fut pour lui à ce que tout se confonde, instinct de plaisir et instinct de meurtre, l’un l’autre l’asphyxiant, à ne plus rien distinguer, que le sang lui affluait ou qu’il s’en vidait, à ne se sentir plus intensément exister qu’à la transpercer encore, sans discontinuer, à l’étouffer, elle, la directrice, balançant de pulsions sourdes, à finir en elle ou la finir de lui, il ouvrit les yeux.

Oh, cela ne dura qu’une fraction de seconde, assez cependant pour qu’une image le ramène au monde… Une image triviale, mais d’apaisement… L’image de sa tasse de café froid à côté d’une autre, une tasse à thé, celle-là, sur le guéridon, tout près du canapé, une tasse en porcelaine dont elle lui avait indiqué qu’elle provenait de Saint-Pétersbourg – souvenir de voyage ! – et qu’en la circonstance il voyait marquée distinctement, telle une preuve de crime, de l’empreinte rouge d’une lèvre…

Il s’enfonça encore dans la gorge, gémit intensément, relâcha sa victime.

L’heureuse torturée se vida de tout l’air prisonnier de ses poumons, s’en étrangla, en toussa, puis, rouvrant à son tour les yeux, hébétée, ne mesurant pas à quelle perforation elle venait d’échapper, de nouveau comme à découvrir le jour, ce ne fut à rien qu’au sexe d’Antoine qu’elle se relia. Elle le tenait dans sa main droite, plus exactement semblait l’avoir cueilli de la délicatesse qu’on ménage à un oiseau blessé, le portant vers elle, vers sa joue, s’en cajolant le visage, pareil qu’à l’amadouer, semblant lui savoir gré de la délivrance où il l’autorisait, le répit ne fût-il que passager, mais ne serait-ce que de cela, de cet infime répit, reconnaissante, ne s’attachant qu’à une solitaire conversation avec la queue qui l’avait vaincue…

Elle, d’habitude élégante ; elle, d’habitude hautaine, voilà qu’elle en était à quémander une paix des braves !

Deux opaques filets de salive lui pendaient depuis le menton, et c’est de cette allure de bête au sortir du breuvage qu’elle en reprenait vie peu à peu, de quelque chose qui tînt à la fois du don et du combat… Enfin, se frottant doucement sous la lèvre inférieure du membre exagéré, elle puisa l’énergie de monter vers Antoine un de ces regards très lents, qui implorent. Il comprit qu’elle n’en avait pas assez. Ou plutôt, qu’elle estimait ne pas lui en avoir donné assez. Voulait-elle qu’il termine sur elle ?…

Il se pencha, s’écartant, se saisit de sa tasse, trempa son attribut dans ce qui restait au fond de café froid, de nouveau se présenta. Elle le suça. Et encore. Et infiniment. Et ses yeux complices de monter vers lui ; les siens, à lui, de tomber vers elle.

— Caressez-vous.

Elle se caressa, parvint à jouir vite, tomba à genoux.

— Vous aussi, lui dit-elle, à votre tour : achevez.

Elle le reprit en bouche…

­— Maintenant ! Maintenant !

Elle le branla, ses mains à la hauteur de son front, à le prendre des deux ensemble tel un bûcheron élevant son merlin pour l’abattre sur un billot d’une cadence de brute, han ! han ! han ! ne le quittant plus du regard. Soyons précis : ne quittant plus la queue du regard, la queue d’Antoine, ses mains à ne plus le lâcher, lui, guettant son agonie.

Elle ouvrit grand la bouche une première fois, le branla encore, ouvrit la bouche une seconde fois, s’approcha, s’approcha davantage, s’ouvrant parfois devant le gland du plus éclos de ses mâchoires, l’attendre, l’accueillir…

— Maintenant, maintenant !

Elle en eut sur la joue. Ses lèvres ne portaient plus aucune trace du rouge qu’Antoine lui avait vu en entrant chez elle, au troisième et dernier étage de l’entité résidentielle du lycée – un charmant appartement de fonction, avait-il songé, tout dépendant de la définition qu’on prêtait à la fonction –, elle en eut à leur commissure, et au-dessous de l’œil droit, et dans la gorge bien entendu.

Elle le regarda, avala, le regarda en avalant.

Et ferma un peu la bouche.

Il lui prit la main, son index plutôt, l’en essuya au visage du plus complet qu’il pût, puis, forçant le barrage des dents, le lui enfonça, cet index, jusqu’au ras de la phalange.

— J’ose espérer, Madame, n’avoir point trop tardé… “Maintenant, maintenant”… Vous non plus, ne croyiez pas si bien dire : il faut que j’y aille, c’est l’heure !

— Taisez-vous !

— Je ne voudrais pas qu’un retard à ma prise de service me vaille une convocation disciplinaire dans votre bureau, vous comprenez…

— C’est cela, plaisantez !… Mais sachez-le, Antoine : j’aurais mauvaise grâce à me plaindre de vous, de votre service !

— C’est fort aimable, Madame…

— Que le mien se montrât à la hauteur du vôtre, vous m’en verriez comblée…

— Mais il l’a été, Madame, ne vous en ai-je pas administré la preuve ?

— C’est vrai ! Et vous m’en voyez heureuse !…

— Heureuse ? Comme vous y allez !

— Heureuse, et rassurée ! Quant à la mauvaise grâce que j’aurais à me plaindre de vous, si je peux vous garantir de n’en rien faire, il se pourrait en compensation que je déterre bientôt quelque mauvais prétexte pour juger une nouvelle fois de la qualité du vôtre…

— Du mien ?

— Pour juger une nouvelle fois de la qualité de votre service… Car vous ne l’ignorez pas, mon cher : d’aussi domestiques prestations que celles dont vous m’avez bénie, cela ne s’apprécie jamais autant que dans l’assiduité !

Lire la Suite :

[related_article id= »15834″ size= »full » readmore= »Lire l’article … » target= »_blank »]

Wett MonentueilArticle écrit par Wett Monenteuil

Wett MONENTEUIL a publié, aux éditions Numeriklivres :

  • La bourgeoise désinvolte
  • Jouissif partage
  • Les demoiselles de Sigirîya
  • Sensuels voyages

Retrouvez les histoires érotiques de l’auteur sur : http://bit.ly/NLmonenteuil