Ce Noir Sera parfait – Épisode 4 : Il décida de changer d’oreille

Ce texte appartient à une série d’histoires qui se suivent, rendez-vous ici pour découvrir la première : Savez-vous, cher Antoine…

 

— Mais, Antoine, depuis quand ?…

— Depuis quand ai-je à faire au lycée un lundi, c’est cela ?…

— Oui.

— Je suis là…

— Vous avez vu l’heure ? Il n’est plus temps de surveiller la cour !

— Je suis revenu… En fait, je ne faisais que passer… Vous signaler que la salle des pions est absolument déserte…

— Mais heureusement, à cette heure-ci !

— Vous signaler en réalité qu’une surprise vous y attendait, dans cette salle des pions… À tout de suite… À moins que vous ne préfériez vos écritures…

Il decida de changer d’oreille

La fin du premier trimestre approchait, Héliette Berthoux s’était attardée à de fastidieuses annotations au bas de bulletins scolaires. Antoine s’éclipsa, tirant la porte à peine entrebâillée d’un bureau où, sans protocole, lui avaient été présentées successivement « la femme française » et « la reine d’Angleterre »… Une dizaine de jours s’était écoulée depuis cet épisode, ne parlons pas de la dégustation de café qui s’ensuivit, le surlendemain, et dont le pion autant que la directrice conservaient intimement le sucre… Quand elle se présenta à la salle des pions, Antoine l’attendait, assis à sa place coutumière, au fond, sans rien sur sa table, sinon un dépliant de modestes dimensions, noir, cartonné, vernis mat.

La salle était assez moche, franchement moche, même, sans lumière du jour, à l’exception de celle que dispensaient deux vasistas flanqués très haut dans un mur latéral tout en longueur – mais de jour, à cette heure-ci, il n’en restait point, les vasistas, qu’on actionnait au moyen d’une canne télescopique, étaient fermés… Le mur en vis-à-vis était lui aussi peint en blanc, et pour seul agrément déclinait trois panneaux de liège : l’un où figuraient les emplois du temps hebdomadaires des pionnes et des pions, l’autre où étaient reproduits les plans de la cour et des bâtiments, le troisième – plus petit – rappelant les consignes de sécurité en cas d’incendie. Il fallait ajouter à cette tristesse fonctionnelle une lumière blafarde. Et encore, au mur, le prospectus du syndicat d’usage.

— Toujours aussi gai ici, trancha la directrice en refermant derrière elle la porte de la pièce, s’y tenant précautionneusement collée, mains dans le dos.

Antoine se leva, s’approcha – mais s’approcha vraiment –, manœuvra le loquet. Il conserva sa main sur la fermeture de la porte pendant plusieurs secondes, puis se pencha à l’oreille de la détenue.

— Ce noir sera parfait…

Laquelle ne dit pas un mot.

— Je parle de votre jupe, Madame…

Toujours aucun mot.

— Et cette coupe droite ira très bien pour l’occasion…

Il insista.

— Je vous assure : très bien !

Il détacha la main du loquet, approcha encore du visage, à la flairer, elle, la directrice, à la renifler, ne reconnut pas le parfum qu’elle portait, figée dans le silence, le regard droit tracé devant. Il décida de changer d’oreille.

— Je ne vais pas tarder à me rasseoir…

Elle l’entendit bourdonner comme s’il en était à lui démanger le lobe, commencer de la déguster par là, et sans doute était-ce dans son intention, par là, ce lobe, de la déguster entière, elle se surprit de n’avoir plus tous ses appuis.

— Derrière moi, légèrement sur votre droite, voyez-vous cette table rectangulaire ?

— Oui, je vois.

— Je l’ai décalée, de sorte qu’elle soit dans l’alignement de la mienne ; voyez-vous qu’elle est décalée ?

— Oui, je vois.

— Et voyez-vous son tiroir ?

— Oui, je le vois.

— Voyez-vous qu’il n’est nul besoin de clé pour l’ouvrir ?

— Oui, je vois.

— Vous y prendrez ce qu’il y a à l’intérieur pendant que je regagnerai ma place dans un instant ; c’est pour vous.

Il se décolla d’elle, lui fit face, passa son pouce sur sa lèvre, la lèvre du dessous, la directrice ferma les yeux.

— Je vous laisse, dit-il. Je veux dire que je vous laisse aller ouvrir.

Il recommença sa caresse.

— Je veux dire aussi que vous êtes très belle. Et que votre jupe sera décidément parfaite…

Il descendit sa main, parcourut du bout de l’index la hanche gauche de la dame, la parcourut en réalité seulement de l’ongle à travers le tissu noir.

— Bas ou collants ?

— Autofixants.

Il plaqua alors ses deux paumes contre la porte, juste à hauteur du visage, à l’encadrer solidement, approchant ses lèvres de la bouche.

— Vous êtes parfaite…

Jamais, cette bouche, glossée d’un rose dragée, il ne la toucha cependant…

— J’irai lentement, vous aurez le temps…

Uniquement à la rôder, uniquement de l’haleine, à lui chuchoter…

— Ensuite, quand vous aurez pris ce qu’il y a dans le tiroir, vous contournerez la table et vous vous y tiendrez debout, devant… Face à moi… Je serai assis à ma place… Vous pourrez légèrement vous appuyer… Exactement comme vous le faites si bien sur votre fauteuil, dans votre bureau – vous vous rappelez ? –, ou sur votre canapé, vous vous rappelez encore ?… Juste à peine posée des fesses…

Il s’éloigna.

Il entendit que s’ouvrait le tiroir, que celui-ci se refermait, entendit le froissement du papier d’emballage, n’entendit plus rien. Quand il se fût rassis, la directrice tenait devant elle un coffret noir, lui aussi de modestes dimensions, elle le tenait de mains jointes sur sa poitrine.

— C’est vrai, c’est pour moi ?

— Pour vous.

— J’ouvre ?

— Ouvrez.

Antoine, immédiatement, se mit à lire. Il le fit de la même voix qu’il avait empruntée quelques instants plus tôt pour parler à l’oreille de sa supérieure, une voix de brume, ajoutant çà et là en aparté qu’il n’inventait rien, qu’il se contentait de répéter les indications de la notice, et qu’il la lui rendrait, bien sûr, cette notice, elle faisait partie du coffret… Au même titre, ajouta-t-il, que la sacoche en satin, au fond de la boîte…

— Maintenant que vous avez ouvert, regardez-les bien, dit-il.

Elle s’exécuta.

— Tenez-vous debout. Sans vous appuyer.

Elle s’exécuta.

— Relevez votre jupe.

Elle plissa le front.

— Relevez…

Ses bas lui recouvraient les cuisses aux trois-quarts, tout noirs, des bas cette fois-ci sans fioritures, elle hésita à relever plus haut.

— Vous m’auriez prévenue de votre passage que j’aurais mis quelque chose de plus…

— Encore ! Relevez !

Elle s’exécuta.

— De plus affriolant ? miaula-t-il. Avez-vous besoin de ça ?

La directrice portait un dessous couvrant, en effet, une culotte de couleur noire – décidément ! –, d’un tissu visiblement soyeux, mais opaque, et qui la protégeait sur la presque totalité du ventre.

— Écartez les jambes…

Elle hésita encore.

— Et prenez-les dans vos mains…

Elle s’exécuta.

Il se remit alors à sa lecture, Héliette Berthoux écouta : ce qu’elle tenait dans ses mains était à double texture, de silicone doux et mat, d’un plastique lisse et brillant… Vous les sentez vous-même douces et mates, ces boules ? avait-il enchaîné du même ton qu’il avait mis à lire le texte… Et lisses ? Sentez-vous qu’elles sont lisses ? Et qu’elles sont à l’intérieur dotées de billes mobiles ?… Je n’invente rien, je vous le certifie… Des billes, affirme-t-on ici, qui répondront à chacun de vos mouvements… Délicieuse promesse, n’est-ce pas ?

Il revint à une voix sérieuse, catégorique :

— Caressez-les. Maintenez écartées suffisamment vos jambes, que votre jupe ne retombe pas… Elles vous plaisent ?

— Elles sont magnifiques…

— Descendez votre culotte…

Elle s’exécuta.

— Oui, c’est vrai, elles sont superbes, poursuivit-il, et leur couleur vous va ce soir à la perfection… Ce noir… Et l’élégant reflet qu’elles ont, canon de fusil !

Antoine demeura un moment à regarder Héliette Berthoux, le triangle de ses longues jambes, depuis les chevilles…

— Descendez-la encore, cette culotte… Jusqu’à la jarretière de vos bas. Un peu en dessous. Et restez ainsi, écartée…

La voix, de nouveau, s’adoucit :

— Vous êtes très belle, vous savez ?… Mais savez-vous que vous allez l’être davantage encore ?…

La jupe d’Héliette Berthoux lui enveloppait les hanches, sa culotte lui barrait les cuisses, elle exposait entre les deux un sexe à peu près nu, taillé très court sur le pubis, charmante et minuscule montgolfière amarrée à sa fente.

— Léchez-les. Prenez-les par leur cordon et faites-les tourner au-dessus de vous, au-dessus de votre bouche, comme un pendule.

Elle s’exécuta.

— Ou comme des grains de raisin, si vous préférez… Ou comme ces grosses cerises noires, des Burlat, tellement remplies, tellement juteuses… Attention de ne pas vous tacher !… Vous aimez les Burlat ?

Héliette Berthoux fit oui de la tête.

— Eh bien – si je m’en rapporte toujours à la notice que j’ai sous les yeux –, figurez-vous que celles avec lesquelles vous faites des ronds au-dessus de votre bouche mesurent de vingt-neuf millimètres de diamètre… Vous imaginez ? Vingt-neuf millimètres ! Ce sont vraiment de grosses cerises !

Il marqua une pause, regarda la directrice de haut en bas, et inversement. Il s’émut de la voir ainsi, la nuque renversée, faussement à gober les fruits noirs, il reprit :

— Savez-vous aussi qu’elles pèsent trente-sept grammes ?… Je lis : trente-sept grammes chacune… Beaucoup plus lourd que des Burlat… Sucez-les !

La main de la directrice ne descendit pas tout de suite.

— Ouvrez la bouche, descendez la main, sucez-les !

Elle s’exécuta.

— Faites-les doucement entrer, puis sortir de vos lèvres, sucez-les encore, mouillez-les, mouillez… Je vous dirais quand il vous faudra les introduire à l’endroit auquel elles sont normalement destinées ; en attendant, sucez, sucez… Imaginez-les en vous, en bas… Vous imaginez ?

Elle fit oui de la tête.

— Trente-sept grammes… Fois deux : soixante quatorze grammes !… Lorsque vous en aurez enfoncé une entre vos jambes, et avant que je ne vous dise d’enfoncer la deuxième, lentement, vous ferez comme vous faites à présent dans votre bouche, non pas à les y descendre et à les en sortir, mais à faire semblant. Vous feindrez de retirer complètement la boule que vous aurez en vous, dans votre chatte, et vous vous arrêterez au moment fatidique, Madame, pour la conserver à l’intérieur, à vous exciter de ce simple mouvement, puis attendre… Attendre encore que je vous indique la suite… Attendre la prochaine poussée… Que la seconde geisha vous remplisse… Oui, c’est cela, faites-les coulisser encore entre vos lèvres, ces magnifiques cerises… Tout à l’heure, quand vous aurez introduit les deux, vous resterez devant moi, les mains en haut de vos cuisses… Vos mains, posées là, simplement, à l’endroit où vos bas vous désertent, là où vous m’aviez singé « la reine d’Angleterre »… Puis, doucement, quand vous en aurez perçu en vous le signal, mais vraiment doucement, tout au ralenti, vous les ferez glisser, vos mains, vers le creux de vos cuisses, vous les maintiendrez ainsi, collées à votre chair, à l’arrondi de votre chair, et vous saurez alors ce qui vous reste à faire… Vous en éprouverez quelque crainte, quelque pudeur, mais la liberté l’emportera : vous tirerez… Vous tirerez imperceptiblement ; vous tirerez à en éclairer votre peau, vos muscles, à vous éclairer là d’une bataille élastique, duveteuse, de celle que livre l’aube à chaque nuit, d’une blessure de lait, presque rose ; et vous écarterez encore.

Elle soupira.

— Ce sera l’heure, alors, continua-t-il. L’heure de laisser par le milieu de votre corps entrer le jour… Vous tirerez plus fort… Des deux mains… Vous tirerez jusqu’à ce que je vous voie entière ! Jusqu’à ce que je vous voie éclose, vous, à me découvrir en totalité vos lèvres de corail…

Elle soupira de nouveau.

— Je ne sais pas si c’est de cette façon que vous entendiez me profiler votre « femme française », toujours est-il qu’en leur centre, à elles, ces lèvres de corail, en leur fond intime, à tirer du plus que vous pourrez sur vos cuisses, et ainsi m’abandonner au regard le cordon des Burlat, à me l’abandonner entre vos dunes luisantes, pareil qu’un morceau de filet enfoncé par un pêcheur sur un bord de plage, en repère pour l’ancre de sa barque, ce cordon noir menant à vous, et moi, le délaissant peu à peu, le remontant des yeux jusqu’à elles, les geishas, vous remontant vous-même par l’intérieur, à vous avoir de loin déjà pénétrée, pardonnez ce ridicule : comme quittant ce bout de filet sur la plage, la barque bientôt de la proue brisant la mer, vous fendre…

Il la fixait intensément, se reprit, poussa la notice sur le côté, s’efforçant à un propos de moindre tangage :

— Lorsque je vous ferai signe…

C’était en effet plus palpable.

— Lorsque je vous ferai signe, une fois remplie, vous vous retournerez. Vous prendrez appui sur la table, d’une main, les jambes toujours écartées, bien sûr, et vous vous masturberez. Ne me demandez pas ce que je regarderai de vous : votre cul, évidemment, vos cuisses, le bout de vos doigts… Ces doigts que vous ferez de temps à autre se hasarder entre vos lèvres, glisser entre elles, et glisser plus haut, à en explorer votre étoile… Sachez que je vous regarderai là aussi, à cet endroit que viendront furtivement prospecter ces doigts, les vôtres, coulissant à ma commande entre vos fesses, mais sachez également que je vous regarderai entière, toute affalée, oui, vous, gisant sur la table, la joue à râper la planche, les seins à plat dessus, vous au complet par le bout de vos doigts vous masturbant… Et encore, encore !… Moi, de loin, à vous supposer l’index tournant sur votre clitoris, puis de l’index et du majeur, les deux, à le tortillonner, vous touiller, l’excéder… Vous, à découvert, les enfonçant ensuite ensemble jusqu’aux ongles, d’abord jusqu’aux ongles, à vous en mouiller là seulement, puis un peu plus que les ongles, jusqu’à la moitié, à en affleurer vos geishas, puis les mouiller au complet, vos doigts, vous remuerez devant moi… Et plus profondément… Vous remuerez jusqu’à les toucher franchement, les boules, les deux, à vous en masser, et ainsi jusqu’à ce qu’enfin je vous indique de les sortir, ces doigts, et de les précipiter à nouveau sur votre clito, vous terminer…

Lorsqu’Héliette Berthoux entendit « Allez-y, entrez-les. Entrez la première », elle s’exécuta.

Antoine lui avait demandé une dernière fois de les sucer, les cerises noires, puis de les porter à son sexe, de s’en parcourir les lèvres de haut en bas, de bas en haut, plusieurs fois, elle-même à s’en ouvrir. « Entrez l’autre, entendit-elle après, tournez-vous ».

Il la vit jouir à dix ou douze mètres de lui, de dos – si tant est que la partie la plus émergente de ce corps vautré pût se nommer ainsi, un dos –, il l’entendit gémir. Mais gémir en s’appuyant si fort sur la table que, de la main gauche, elle avait semblé se mouler dans le bois, projetant la tête par à-coups en arrière, cervicales désarticulées, reins enfoncés.

Antoine ne dit rien pendant le temps qu’il fallait, elle cria.

Ayant placé ses deux bras en triangle sur le meuble, le front sur ses poignets, jambes écartées toujours, et culotte toujours tendue à mi-cuisse, ne bougeant plus, ne s’occupant que de respirer, récupérer, une larme longue et qui brillait lui coulant sur une cuisse, elle ne prit pas attention qu’il s’était approché. C’est au contact de deux mains subitement posées sur ses fesses qu’elle réalisa qu’il était derrière elle, deux mains sur elle mais qui ne la caressaient pas, simplement à l’écarter, oui, c’est cela, ses fesses simplement à être séparées, simplement piochées de doigts durs. Elle ne rouvrit les yeux que plus tard, atteinte exactement où il fallait qu’elle le fût, à sentir entre ses fesses quelque chose de mouillé. Une langue ?

Lire la Suite :

Wett MonentueilArticle écrit par Wett Monenteuil

Wett MONENTEUIL a publié, aux éditions Numeriklivres :

  • La bourgeoise désinvolte
  • Jouissif partage
  • Les demoiselles de Sigirîya
  • Sensuels voyages

Retrouvez les histoires érotiques de l’auteur sur : http://bit.ly/NLmonenteuil

Laisser un commentaire

À propos Wett MONENTEUIL

Wett MONENTEUIL a publié, aux éditions Numeriklivres : - La bourgeoise désinvolte - Jouissif partage - Les demoiselles de Sigirîya - Sensuels voyages Retrouvez les histoires sensuelles de l’auteur sur : http://bit.ly/NLmonenteuil