Par les cheveux

La nuit s’était écrasée sur la ville brutalement, on était passé du gris au noir en à peine une demi-heure. Une pluie froide et insistante griffait les vitres de l’appartement au gré des bourrasques, comme si elle craignait qu’on l’oublie. Pierre terminait sa tasse de café tandis que grondait une télévision qui ne l’intéressait plus. Ça ne lui arrivait pas souvent, il était du style réservé et posé, un « taiseux » comme on dit. Mais il pouvait y avoir des soirs, comme celui-ci, où il en avait gros sur la patate. Le travail l’usait, le temps passait, et les tentatives de bilan l’angoissaient. Considérant le mobilier autour de lui, l’arrangement du logement, la décoration, il ne put que revenir à la considération de sa tasse qui refroidissait. Il remarqua ce faisant une légère fêlure sur l’anse. Il retint un soupir. Stagner, c’était bien le mot.

Par les cheveux

Depuis dix-huit ans qu’il vivait avec Elodie, ils avaient réussi à eux deux à ne pas trop mal s’en sortir. Ils avaient pu acheter l’appartement douze ans auparavant, sans avoir à s’inquiéter au jour le jour. Peut-être était-ce ce qui, à force, les avait comme endormis.

Ils avaient emménagé encore gonflés d’ambition, se promettant de n’en faire qu’une étape. Ils auraient dû alors se demander pourquoi ils mettaient autant de soin à faire des lieux ce cocon douillet et rassurant. « On va quand même souffler un an ou deux, se poser et profiter », qu’ils disaient ! Le salon avait peu à peu pris de la place, plus que la piscine et la salle de sport en tout cas. Et comme on ne reste pas à stagner dans un sofa plus profond qu’une crise de flemme le ventre creux, la cuisine aussi s’était équipée.

Mais il fallait l’admettre, ils s’étaient régalé, pendant peut-être quatre à cinq ans. Des parties de jambes en l’air il en avait vu, le divan. La salle de bains avait souvent dû être épongée aussi. Ils bossaient, bouffaient, baisaient et dormaient. Même partir en voyage avait fini par les fatiguer par anticipation. Et puis il y avait eu LA promotion, la seule de sa carrière. Son égo avait explosé, il devait l’admettre, et il n’eut aucun mal à se convaincre lui-même qu’il pouvait s’accorder dès lors la tranquillité ronflante du monsieur qui a réussi. Elodie n’eût rien à y opposer, évidemment. Ils avaient commencé à se faire des soirées « de vieux », comme ils aimaient à plaisanter à l’époque. Des assoupissements d’estomacs gonflés dans la douce chaleur avaient commencé à endormir leurs ardeurs, les pantalons de jogging à avoir droit de séjour pour dîner, et les tatanes étaient aux pieds dès le manteau enlevé. La télé parlait à leur place, l’ennui ne se laissait pas nommer, mais il n’en avait pas vraiment besoin…

Pierre s’envoya le fond du café froid d’un coup, posa la tasse vide dans l’évier et ne trouva rien d’autre à faire que d’aller se coucher. En regrettant encore une fois d’avoir arrêté de fumer.

En sortant de la salle de bains, arrivant dans la chambre, il rentra le ventre d’instinct. Mais Elodie pianotait sur son smartphone, sourcils froncés. Il relâcha donc ses abdominaux qui n’avaient rien demandé et contourna le lit en bâillant. Il se glissa avec délice entre les draps propres, s’étendit de tout son long avec un long soupir de bonheur primaire. Il resta sur le dos quelques secondes, histoire de bien profiter, puis se tourna vers Elodie afin de l’enlacer, comme chaque soir. Il eut la bonne surprise de la trouver nue. Cela signifiait qu’elle avait envie de faire l’amour, c’était le code. Ça aussi, ça s’était installé tout seul, comme le film du soir et les réseaux sociaux dans le lit.

Il frissonnait encore en repensant aux cochonneries qu’Élodie pouvait lui dire pour l’allumer, susurrant de sa petite langue nerveuse des provocations qui le rendaient fou. Aujourd’hui, les choses étaient horriblement plus simples : couchée en pyjama, j’ai mes règles. En chemise de nuit : je suis fatiguée. Nue : baise-moi. Simple, efficace.

Pierre laissa glisser sa main sur la hanche galbée d’Élodie qui tourna enfin la tête. L’éclat de ses yeux vert-pâle, heureusement, n’avait pas changé, malgré les pattes d’oies naissantes. La bouche était toujours mince, mais avec là aussi le petit retroussement des commissures qui la rendait gourmande. Elle lui sourit et dégagea du bout des doigts les mèches blondes qui encombraient sa joue. Il l’embrassa et, comme à chaque fois qu’il le faisait, sentit l’érection venir.

Elle s’allongea sur le ventre et il passa sa paume sur les fesses, le haut des cuisses, la chute des reins. C’était bon. Mais en même temps, Pierre ne parvenait pas à détacher son esprit de son spleen. Il bandait, mais sa main ne tremblait pas. Il n’avait plus la gorge nouée, le cœur affolé, ni le souffle court. Il savait ce qu’il faisait, il le savait même par cœur. Elle écarta les cuisses, sans changer de position, et il glissa les doigts jusqu’à sa vulve chaude. Elle ne s’épilait plus depuis longtemps. Il n’en faisait pas non plus des masses pour s’améliorer. Match nul !

Excitée par ses caresses, elle se mit lentement à quatre pattes, et lui murmura : « prends-moi ! ». Il ôta son caleçon et s’agenouilla derrière Elodie. Elle avait gardé la tête enfoncée dans l’oreiller, cachant son visage dans le creux de son bras. Il posa les mains sur ses hanches, caressa son dos, et se masturba un peu en contemplant la croupe offerte, la taille marquée, les mollets doucement galbés. Les lèvres humides s’ouvraient et un clitoris têtu montrait le bout de son nez sous son capuchon. Quand il s’estima assez rigide, il se caressa contre ce sexe chaud, éprouvant une légère décharge électrique chaque fois que son gland frôlait l’anus discret. Puis il s’enfonça en elle, qui l’accueillit avec un soupir d’aise. Elles se cambra encore un peu mieux, il se saisit de sa taille et commença un mouvement régulier, s’efforçant se changer de rythme au gré de ses soupirs et de ses plaintes. Oui, il bandait, elle mouillait, elle était belle mais… Son ventre claquait à peine contre ses rondeurs écartées, elle ne s’empalait pas avec frénésie, ils baisaient… Et il sentait venir une envie de jouir qui arrivait bien trop tôt, bien trop vite.

Il décida alors de lui offrir un cunnilingus, afin de lui permettre d’approcher de son orgasme elle aussi, histoire qu’ils pussent être un minimum synchrones en jouissant. Il resta donc un instant enfoncé jusqu’à la garde en elle, la tenant par les épaules, jusqu’à frôler l’éjaculation. Puis il voulut se retirer, et en bougeant, sa montre accrocha les cheveux d’Elodie. Il perçut la résistance à son poignet, elle sursauta, ce qui amena Pierre tout au fond d’elle, lui arrachant un cri bref. Elle tenta de se dégager, il en fut déséquilibré et, par réflexe, il saisit les cheveux qui s’attachaient à son bracelet. Il ne put se rétablir qu’avec un coup de rein et une poussée des cuisses. Les fesses d’Elodie s’écrasèrent contre son ventre, elle releva la tête en arrière sous la traction de la poigne involontaire de Pierre, se redressant sur les mains. Mais cette fois elle cria : « Oui ! ». Avait-il bien entendu ? Elle fit un mouvement et cette fois sa croupe émit le son d’une claque, sonore et vigoureuse contre les abdominaux de son mari.

Il la sentit alors ruisseler autour de lui presque instantanément. Enhardi, Pierre assura sa prise sur les cheveux de sa femme, sortit presque entièrement de son vagin pris de contractions, puis s’y engouffra d’un coup en se pressant contre son cul qui s’ouvrait encore largement, la forçant à garder la tête relevée. « Ouiiii ! » gémit-elle d’une voix aiguë. Il se sentit durcir encore, grandir encore, l’emplir encore plus étroitement. Sans retenue cette fois, il prit à pleine main la blondeur d’Élodie, agrippait l’autre à sa fesse, et commença à lui administrer une levrette sauvage, à la limite de la brutalité. Toute la chair de sa femme vibrait sous ses assauts, ses fesses tressautaient, s’ouvraient et se fermaient régulièrement. L’envie de jouir avait été dispersée comme une brume insignifiante.

Elle criait, gémissait, l’aspirait en elle en une succion avide. Les yeux clos alors, le torse rejeté en arrière, il la pilonna à grands coups espacés, de toute sa longueur, à pleine force. Elle rugit littéralement, elle dégoulinait tant qu’elle l’éclaboussait au rythme de ses coups de reins autoritaires. Accroché ensuite à deux mains à la blonde toison pendant qu’elle ouvrait elle-même ses fesses à pleines mains, il décréta la chevauchée finale. Jamais, même plus jeune, même avec une autre, il n’avait pilonné une femme comme il le faisait là. « Baise-moi, baise-moi, prends-moi, encore ! » haletait-elle, tous ses muscles tendus, le dos merveilleusement cambré, écartelée autant qu’elle le pouvait. Et tout s’enchaîna parfaitement, comme dans le meilleur des gonzos : elle feula, grogna, puis hurla une longue plainte inarticulée, magnifique, sublimement primale, fondamentalement sexuelle.

Quand elle s’effondra sur l’oreiller, étouffant d’ultimes gémissements vibrants, il lâcha ses cheveux et par bonheur sa montre se dégagea. Alors il s’extirpa de ce sexe encore agité de spasmes, trempé d’odorantes liqueurs et fut lui-même agréablement surpris de se voir aussi long, aussi large, aussi rigide. Il empoigna son sexe fermement, son autre main posée sur le dos d’Élodie, et se fit jouir comme jamais il n’avait joui. De longs traits de sperme brûlant inondèrent les fesses, la vulve, l’anus, le dos tandis qu’il grondait comme un chien furieux. Puis il s’écroula, terrassé et heureux.

Le lendemain matin, il pleuvait encore et le jour peinait à se lever. Pierre prenait son petit déjeuner seul, comme tous les matins. Encore, encore et encore, il revoyait son propre gland dans sa propre main, et il jouissait encore et encore entre les fesses écartelées d’Élodie. Il eut alors la surprise de voir son épouse sortir de la chambre entièrement nue, et venir s’asseoir ainsi face à lui et se servir un verre de jus d’orange. Il lui sourit, elle lui dit bonjour.

Il ne pouvait plus parler. Elle éclata de rire et, du bout des doigts, arracha un cheveu encore coincé dans le bracelet de la montre de Pierre. « Fétichiste ! » lança-t-elle avec une expression carnassière. « Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-il finalement. « Je ne sais pas vraiment, il faudrait qu’on en parle », répondit-elle en se dissimulant derrière son verre.

– Et quand pourrions-nous en parler ? Demanda-t-il.

– Aujourd’hui, toute la journée, murmura-t-elle.

– Comment je fais pour le travail ?

– Je ne sais pas. A toi de voir.

– Tu veux dire…

– Tout est question de Volonté, murmura-t-elle, énigmatique.

– Tu crois ?

– Reste, et je t’expliquerai.

Fin

Agamemenom D'YviciaqueArticle écrit par Agamemenom D’Yviciaque

47 ans, des histoires plein la tête et plein la plume, porté par l’amour de ma volcanique épouse, j’ai décidé de coucher ici ces drôles d’idées. Jouer avec les mots m’est un plaisir toujours renouvelé, et j’ai trouvé ici un bien bel écrin pour vous les présenter. Bonne lecture à toutes et à tous, et merci de votre attention !

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