Trio dans la chaleur de l’après-midi

Quinze heures… L’été en Provence…Le soleil est à son zénith…

Juste devant mon visage, le vent brûlant venu de la mer filtre en sifflant au travers de nos persiennes fermées.

Julien caresse amoureusement mon clitoris de son gland, et c’est comme si nous étions perdus sur un ilot de plaisir, seuls au monde dans notre petite chambre blanche…

A quatre pattes sur le lit, je baisse la tête, l’incline un peu de côté, laisse échapper un soupir et ferme les yeux de bien-être.

Tandis qu’il commence à introduire son sexe en moi, Julien passe tendrement ses mains sur mes hanches perlées de sueur.

Dans la torpeur de ce tranquille après-midi d’été, des pas font soudain crisser le gravier de notre cour.

— Ahhh !

Le long cri de plaisir que je ne peux retenir se termine brutalement en un murmure étranglé par la surprise et la peur.

Les pas s’arrêtent maintenant à quelques centimètres de moi, juste devant la fenêtre derrière laquelle Julien est en train de me baiser.

J’ouvre les yeux, tentant désespérément d’atténuer le bruit de ma respiration oppressée, et distingue entre les fentes des persiennes les courbes sensuelles d’une silhouette féminine, l’étoffe colorée d’une robe bousculée par le vent, la peau d’une cuisse prestement recouverte, une main fine agrippant le rebord d’un chapeau de paille.

Je me fige de terreur et d’une excitation inconnue lorsque, après quelques secondes d’hésitation, la jeune femme se dirige finalement vers la porte de la maison que nous avons l’habitude de toujours laisser grande ouverte en cette saison. A la tranquille régularité du mouvement du sexe de Julien en moi, je comprends qu’il n’a encore rien perçu du danger qui s’approche.

Un coup de rein un peu plus profond, un peu plus fort de sa part, m’arrache un spasme d’une étrange jouissance silencieuse décuplée par la peur.

Les pas résonnent maintenant furtivement sur le seuil de notre cuisine.

Une voix douce et incertaine s’élève, seulement séparée de nous par l’étoffe légère du rideau placé entre la cuisine et notre chambre :

— Il y a quelqu’un ?

Sur mes hanches, je sens les mains de Julien se contracter en un sursaut d’effroi.

Je ne sais pas pourquoi je fais cela, mais j’ai juste le temps de me redresser, de passer rapidement les bras en arrière, de lui souffler à l’oreille « Reste ! » et de poser fermement les mains sur ses fesses pour l’empêcher de se retirer de moi.

Nous attendons ainsi tous les deux dans le silence qui s’installe, les yeux fixés vers la porte vide, haletant comme des proies, comme deux animaux traqués. Étrangement, j’ai la sensation que le plus petit mouvement du sexe de Julien m’amènerait instantanément à l’orgasme.

Au bout de quelques instants, les pas reprennent et s’avancent un peu plus à l’intérieur de notre maison.

En face de moi, tournée vers nos deux corps soudés l’un à l’autre, une mince silhouette baignée de soleil se fige tout à coup derrière le rideau. Au fond de mon ventre, je sens le sexe de Julien se contracter d’excitation dans une incroyable et lente pulsation.

Au travers de l’étoffe agitée par le vent, je devine le regard de l’inconnue juste au moment où il croise le mien.

Assez fort pour qu’elle m’entende, les yeux résolument plantés dans les yeux écarquillés de cette femme, je dis à Julien :

— Baise-moi devant elle…

— Mais…

Sur mes hanches, je sens ses mains hésiter.

D’une voix blanche, la femme tente de s’excuser : « La porte était ouverte… Je suis entrée… Je suis désolée… ».

Je répète plus fort, criant presque :

— Baise-moi ! !

La jeune femme ne détourne pas le regard et reste immobile.

— Ahhh !

Le rapide et très léger aller-retour du sexe de Julien en moi secoue tout mon corps et m’arrache un nouveau gémissement.

Le son que je laisse échapper fait sursauter la jeune femme, comme s’il la sortait d’une transe dans laquelle la vue de nos corps emboités l’avait plongée.

Elle écarte le rideau, fait un pas de plus en avant, puis retire rapidement ses sandales et les pousse devant elle d’une pichenette du pied.

Alors qu’elle s’avance encore, j’aperçois ses yeux qui quittent les miens pour se diriger vers le bas mon dos, sur la verge de Julien qu’il est en train de ressortir lentement de mon ventre.

Elle tend la main gauche et effleure mon visage de ses doigts. Son parfum frais et poivré envahit la pièce. Il emplit mon esprit en se mélangeant à l’odeur de nos sexes.

De la main droite, elle soulève l’avant de sa robe et dévoile ses longues cuisses qui font deux tâches claires dans la pénombre de notre chambre.

Elle s’approche encore un peu plus de moi, pose un pied sur le lit juste à côté de mes mains et, saisissant mon menton, écarte de ses doigts la dentelle rouge pour dévoiler son sexe devant ma bouche.

Jusqu’à cet après-midi d’été, j’étais certaine de n’aimer que les hommes, et c’est au moment où j’ai un imperceptible mouvement de recul en prenant soudain conscience de ce que je m’apprête à faire, qu’elle s’adresse à Julien en murmurant, la voix rauque d’excitation :

— Encule-là !

J’ai toujours refusé cette pratique et n’ai que le temps de penser en un éclair « Non ! ! », au moment même où j’entrouvre les lèvres pour goûter l’inconnue de ma langue.

Venue de la cuisine, une plus forte rafale de vent vient plaquer le rideau par derrière sur tout le corps de la femme.

Sans réussir à saisir le sens de ses paroles, je crois deviner la voix de Julien qui parle tout bas, comme s’il ne s’adressait qu’à lui-même.

De ses deux mains, il vient enserrer ma taille là où elle est la plus fine et pose son gland sur mon anus. Pendant un bref instant, c’est comme si je me voyais par ses yeux, contemplant mon dos luisant de sueur, ma nuque, mes cheveux, mon cul devant lui, partagé entre une irrépressible envie de m’enculer et le refus sans ambiguïté que je lui ai toujours opposé.

— Oui, comme cela ! Un peu plus haut ! me guide la femme en gémissant sous les mouvements de ma langue pourtant maladroite.

Je ne peux crier lorsque Julien se décide à passer outre mon interdit et écarte mon sphincter d’une lente et puissante poussée.

Les jambes de la femme tremblent de plaisir. Elle vient poser ses deux mains sur mes épaules, répondant ainsi à celles de Julien sur ma taille.

— Oui ! Je vais jouir !

Éperdue de désir et goûtant malgré moi la douceur de chacun des millimètres du mouvement de Julien qui s’avance très lentement dans mon cul, je ne sais qui vient de crier ainsi.

Ce pourrait être l’inconnue, ce pourrait être moi, à l’instant même où je sens le ventre de Julien venir se plaquer tout contre mes fesses et son sexe m’emplir au plus profond, comme il ne l’avait encore jamais fait.

Les quatre mains sur mon corps me serrent plus fort et se mettent à trembler à l’unisson.

Bien involontairement, alors que l’orgasme m’envahit peu à peu, je sens mon anus se contracter spasmodiquement autour de Julien, en une sorte de puissante pulsation à laquelle sa verge répond en se durcissant et en se relâchant au même rythme.

Alors qu’il reste ainsi, immobile tout au fond de mon cul, je suis certaine de sentir son sperme jaillir et m’emplir par longues saccades chaudes durant ce qui me semble être une éternité.

Ce n’est qu’à ce moment-là que la femme commence à gémir, crie, halète quelques secondes, puis crie encore beaucoup plus fort, hurle presque, sous les caresses que je continue à lui prodiguer de ma langue, renforçant par sa voix l’incroyable orgasme qui m’emporte moi aussi.

Nous restons ainsi de longues minutes, reprenant nos esprits pendant que nos souffles s’apaisent peu à peu.

C’est l’inconnue qui rompt la première le silence et, éloignant son sexe de mon visage mouillé, son chapeau de paille un peu de travers sur la tête, murmure d’une voix étranglée, moitié riant, moitié pleurant :

— Quand je pense je m’étais perdue ! J’étais juste venue vous demander ma route !

Fin

Ange MorisotArticle écrit par Ange Morisot

Ange est adepte de belles histoires pleines de surprises et de situations inattendues, dans lesquelles s’entrelacent les souvenirs, les désirs, la poésie et l’érotisme, pour faire émerger le plaisir de l’instant présent sous toutes ses formes.

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