Une Très Joyeuse Pâques

Dans un silence inhabituel, les sept enfants se tenaient droit, silencieux, immobiles. Ils tenaient chacun un panier solidement ancré dans leurs petites mains serrées, attendant les yeux rivés sur la vieille porte fermée. Son ouverture serait leur délivrance, un avenir immédiat et radieux. Je les observais, attendrie. Nos sept petits-enfants, la récompense du temps qui passe. On se sent vieux au milieu des enfants qui s’agitent et qui rient, mais il y a le bonheur de la continuité, la sensation d’une vie qui en valait la peine.

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La marmaille se mit soudain à frémir. Les gonds de la porte grinçaient. Serge, leur grand-père, apparut l’air grave, avançant avec lenteur trainé par sa canne. Il s’assit dans un des fauteuils du salon qui faisait face à la bande impatiente. Fatigué, il soupira avant de déclarer dans un sourire :

— La chasse est ouverte !

Dans un rire de soulagement général, le petit groupe se précipita hors de la pièce vers l’immense jardin à perte de vue. Des œufs, des lapins, des poules… toutes sortes de chocolats délicieux les attendaient, tapis dans les buissons. Leurs parents les suivirent bientôt, téléphones à la main, pour immortaliser ce joyeux week-end de pâques.

Serge se leva et me rejoint devant la fenêtre. Il me prit la main et murmura :

— Tu devrais les accompagner, ils vont avoir besoin de toi.

Sans comprendre ce qu’il voulait dire, je me laissai pousser dehors et me retrouvai au milieu de nos enfants.

— Papa a trop bien caché les œufs, les mômes n’arrivent pas à les trouver. Il paraît que toi seule peux les aider…

Mon Serge me regardait par la fenêtre, amusé, et me fit signe qu’il ne m’aiderait pas. Sous les petits yeux suppliants de mes sept petits-enfants, je pénétrais plus en avant dans notre immense jardin que je connaissais dans ses moindre recoins après toutes ces années.

Connaissant Serge, je devais commencer par le coin du hamac. Une de ses parcelles préférées. Dans ce recoin de jardin ensoleillé, les enfants ne tardèrent pas à y trouver effectivement quelques œufs. Mais il leur en fallait plus. Où est-ce que mon Serge avait caché les autres ?

Escortée par la bande de bambins affamés, j’avançai dans les zones plus lointaines du jardin. En passant non loin d’un immense peuplier un peu excentré, je me remémorai, le rouge aux joues, une parenthèse érotique et lointaine… Il y avait bientôt quarante ans, Serge m’avait fait l’amour au pied de cet arbre. Débarrassée de ma culotte et la jupe complètement relevée au dessus des fesses, je m’étais appuyée contre le tronc en passant la tête de côté pour vérifier que mes parents n’arrivaient pas. Pendant ce temps, mon Serge s’était placé derrière moi pour me pénétrer avec ardeur, rendant mon tour de guet des plus agréables. Nous étions tous les deux convaincus que c’était à cette occasion que notre ainée avait été conçue.

Je fus soudain prise d’un doute.

— Les enfants, allez voir au pied du peuplier là-bas.

Ils ne tardèrent pas à pousser des cris de victoire, une poule en chocolat s’y trouvait. En me retournant vers le hamac fouillé plus tôt, les images du premier cunnilingus de ma vie surgirent dans mon esprit. Allongée dans ce confortable bout de tissu qui ne pouvait accueillir qu’une seule personne, j’avais profité du savoir-faire de Serge. A genoux dans l’herbe, la tête plongée entre mes jambes, il m’avait montré combien la langue était riche en possibilités érotiques. Je me souvenais comme si c’était hier du soleil qui m’aveuglait tandis que mon corps était secoué de spasmes de plaisir. La langue tiède frémissait sur mon clitoris tandis que les mains se promenaient le long de mes cuisses. Plus rien n’avait d’importance, mes parents auraient pu nous surprendre ça m’était égale, je fondais d’extase, découvrant l’une de mes gâteries sexuelles préférées.

— Mamie, où sont les autres chocolat ?

— Allez jeter un œil derrière le vieux puits.

Et les mêmes cris de joie parvinrent à mes oreilles. Au pied de ce puits, nous avions l’habitude de nous allonger pour observer les étoiles. Et tout en contemplant le somptueux spectacle du ciel étoilé, je glissais ma main dans son pantalon et lui sous ma jupe. Ces caresses mutuelles étaient devenues une douce coutume qui transformait notre étude astronomique en un agréable partage sensuel. En fermant les yeux, je pouvais encore me souvenir du contact doux de ses doigts remuant doucement entre mes jambes. Un frisson me traversa l’échine.

— Allez voir dans les branches du vieux chêne.

A mon grand soulagement, Serge avait un peu adapté la cachette aux enfants. En réalité, c’était bien plus haut, à presque dix mètres du sol, que nous avions risqué nos vies pour une exploration sexuelle aérienne. Callés sur deux grosses branches en hauteur, nous avions fait l’amour dans une position semi assise assez peu confortable. Mais l’expérience avait été unique. Nous ne faisions qu’un, les yeux dans les yeux. Son sexe allait et venait en moi au-dessus du vide. L’impression d’être remplie mêlée à celle de flotter dans les airs me faisait chavirer. Je me souvenais parfaitement lui en réclamant toujours plus, écrasant mes fesses contre ses cuisses jusqu’à ce que son pénis disparaisse complètement en moi. Je revois encore nettement le fruit de ma jouissance couler entre nous, collant nos cuisses ensemble, mes cris de plaisir… Chaque fois que je regardais en bas, le vertige mêlé au plaisir me propulsait dans des sensations magiques. Nous avions joui vite ce jour-là. Et nous étions restés un moment à contempler le jardin depuis notre perchoir coquin.

— Près de la marre aux grenouilles, mais ne vous approchez pas trop près du bord.

C’était un jeu entre nous. Quand il m’exaspérait, je lui promettais que je finirais par le pousser dans la marre aux grenouilles. Un bassin verdâtre envahi par des nénuphars et des algues repoussantes. Alors un jour, je lui avais bandé les yeux et l’avait guidé dans le jardin. Même s’il ne voyait rien, je savais qu’il pouvait se situer. Je voulais tester sa confiance. Arrivés devant la marre, je sentais son corps tendu. Mais il était prêt à tomber dans cette eau verdâtre si c’était ce que j’attendais de lui. J’étais fière et heureuse de son amour.

J’ai déboutonné son pantalon, je me suis mise à genoux et j’ai fait ce que j’avais juré ne jamais faire de ma vie, comme toute jeune fille bien élevée de l’époque. Au début, j’étais maladroite, je tâtonnais. Puis je me suis laissé guider par mon instinct. Cela n’avait rien de sale comme je m’en étais persuadée. C’était doux au contraire. Ma langue virevoltait sur son sexe dur. Je m’amusais à l’avaler au plus profond puis à le faire ressortir de ma bouche pour mieux le gober à nouveau. Serge tremblait, il faisait un effort surhumain pour ne pas tomber et profiter de l’instant le plus longtemps possible. J’aimais le goût de son sexe et la sensation de braver un interdit. Lorsque ce bâton de chair douce cracha son plaisir, j’en avalais la moindre goutte jusqu’à ce qu’il soit parfaitement nettoyé. Serge avait pleuré ce jour-là. De plaisir, de joie et d’amour.

Le dernier endroit du jardin, impossible de l’oublier, c’était une étendue de mousse verte derrière un buisson de laurier. Ce petit tapis de verdure avait plusieurs fois été témoin de nos frasques érotiques, il était notre préféré car excentré, invisible depuis la maison et d’une douceur incomparable. Il exerçait sur nous un pouvoir sexuel unique. Nous devenions de véritables animaux dans cet endroit, oubliant toute retenue et laissant aller nos envies les plus secrètes.

J’osais à peine me rappeler ce que nous avions exploré sur ce parterre verdoyant. Comme cette fois où, à quatre pattes dans la mousse, j’avais tendu ma croupe à mon Serge qui la malmenait de toutes ses forces, me fessant à en perdre la tête. Et plus mes fesses rougissaient de douleur, plus un plaisir étrange montait en moi. Puis il avait terminé en enfonçant son pénis au plus profond de moi, sans ménagement. Une poignée de secondes plus tard à peine, nous jouissions de concert dans une extase fiévreuse…

C’est aussi sur cette mousse tendre que Serge me fit découvrir un plaisir étrange, merveilleux, à la fois brusque et délicat. Je lisais, je m’en souviens, « L’amant de Lady Chatterley », un roman à la sensualité intense qui me mettait déjà dans des dispositions favorables.

Serge avait remonté ma jupe, sans interrompre ma lecture. Il avait caressé mes cuisses longtemps, doucement, puis il les avait embrassées. Sa bouche était remontée vers le bas de mon dos et il avait retiré ma culotte en faisant à peine remarquer sa présence. Il avait encore effleuré mes fesses un moment, avec une plume, des brins d’herbe, sa bouche… Je pouvais sentir mon sexe enfler doucement, se gorger d’humidité sous le désir grandissant. Puis il s’était allongé à mes côtés et sa langue s’était promenée entre mes cuisses. En tâchant de ne rien perdre des aventures torrides de Lady Chatterley avec son garde forestier, je profitais de sa langue experte navigant sur mon clitoris. Puis elle était remontée un peu plus haut. Elle tournait autour de mon anus. Mon premier réflexe fut de me replier sur-moi même, mon corps craintif se raidit. Il me fallut un peu de temps avant de me détendre, guidée par la confiance en mon Serge et bousculée dans mes principes par l’aura sensuelle de notre parterre. Je lus difficilement les pages suivantes, sa langue appuyant toujours d’avantage au milieu de mes fesses, sur le trou étroit dont je n’avais jamais envisagé les pouvoirs. Je finis par poser mon visage entre les pages. Mes mains trouvèrent l’herbe drue et s’y enfoncèrent. Je serrais fort mes paupières. Serge avait mon consentement.

L’esprit encore embué par les aventures de ma Lady Chatterley, j’accueillais son doigt entre mes fesses sans broncher. La caresse était douce, brutale, délicieuse puis douloureuse. Les états se succédaient, mais le plaisir rodait toujours. Il continua de détendre la zone à l’aide de ses doigts et de sa langue, jusqu’à ce que ce petit trou ardemment caressé se détende, acceptant avec bonheur son rôle sensuel. Alors je sentis son corps bouger derrière moi. Je savais ce qui m’attendait. J’avais peur et envie à la fois qu’il vienne en moi. Les premiers centimètres furent comme un étouffement, puis il remua doucement en moi et alors je partais loin, très loin, vers des sommets brumeux de plaisirs inédits, lourde du poids de son sexe me pénétrant. Je n’ai plus aucun souvenir de comment cela s’est terminé, mais la sensation a marqué mon corps d’une emprunte indélébile et belle.

— Mamie, on a trouvé un œuf énorme !

La horde d’enfants excités me sortit de ma douce torpeur. Ils m’entrainèrent un peu plus loin dans un recoin du jardin où je n’allais jamais. Derrière un buisson de roses sauvages, un magnifique œuf en chocolat attendait les enfants. Je fronçais les sourcils. Je n’avais pas le souvenir d’avoir batifolé dans ce coin de la propriété… Une main se posa sur mon épaule. Serge nous avait rejoint. Il me regardait avec un sourire éclatant. Il pouvait lire l’étonnement dans mon regard. Alors il me glissa à l’oreille, espiègle :

— On n’a jamais fini d’explorer.

Fin