L’Autobiographie Erotique ou l’Art de Montrer sa Plume à Tous les Passants

A l’intérieur de ce domaine vaste et riche qu’est la littérature érotique, celle qui sait émoustiller en appuyant là où ça fait du bien, il existe un degré supérieur dans le dévoilement intime et coquin. Une tranche à part dans l’indiscrétion, une forme plus voyeuriste et qui consiste en une description d’expériences coquines et aventures lubriques tirées directement de vécus de leurs auteurs : le récit autobiographique érotique.

On retrouve déjà de cette intimité dévoilée dans nombre de chef d’œuvres littéraires tels que l’amant de Marguerite Duras ou dans certains aveux de Rousseau dans ses Confessions. Le genre érotique à part entière ne pouvait donc que faire bon accueil à l’autobiographie. Son succès réside principalement dans le fait que l’aspect véridique apporte en fascination et donc en excitation. Il y a une part de voyeurisme indéniable et qui crée un lien entre l’auteur et son lecteur encore plus fort que dans le roman qui passe pour inventé.

Voici donc quelques exemples de ces récits coquins et véridiques, ou du moins qui sont réputés l’être, et qui devraient vous plaire ou vous déplaire ou vous laisser totalement indifférents, comme n’importe quel livre.

L’autobiographie la plus célèbre

-> La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet publié en 2011

La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine MilletRésumé : Catherine Millet raconte sa sexualité depuis ses 18 ans, âge auquel elle a perdu sa virginité. Une sexualité pour le moins abondante avec  un récit d’une placidité marquée qui nous mène de parties fines en expériences étranges, sur des aires d’autoroutes ou au milieu de soirées parisiennes branchées.

Style : L’intérêt érotique repose surtout sur l’absence totale de limite de la narratrice et on peut ressentir un certain émoustillement dans son audace sexuelle. Il est difficile d’en trouver ailleurs tant le récit est neutre et dépourvu de sensualité. Elle propose ainsi une description glaciale et sans joie, un peu austère et mécanique qui peut mettre mal à l’aise à force, même si elle a indéniablement une belle plume…

Température : 23° au maximum. Comme il n’y a que du sexe, vous serez bien obligé d’y penser et si vous n’êtes pas conquis par cette absence totale de sensualité, Catherine Millet parviendra sans doute à vous chauffer à l’usure.

Extrait : Toute ma figure barbotait dans son épaisse vulve. Je n’avais jamais gobé un ourlet aussi gonflé qui remplît en effet la bouche, ainsi que l’expriment les Méridionaux autant qu’un gros abricot. Je me collais à ses grandes lèvres comme une sangsue après quoi je lâchais le fruit pour étirer la langue à en déchirer le frein, profiter le plus en avant possible de la douceur de son entrée, une douceur à côté de laquelle celle du dessus des seins ou de l’arrondi des épaules n’est rien.

L’autobiographie énergique et vivante !

-> Plaisir d’offrir joie de recevoir de Anna Rozen publié en 1999

Plaisir d’offrir joie de recevoir de Anna RozenRésumé : Anna Rozen raconte quelques aventures intimes en 28 chapitres. Des histoires sur le désir et la manière de l’assouvir, toujours  avec beaucoup de fraîcheur. Même si le caractère autobiographique n’a jamais été explicitement déclaré, on sent  que ce texte l’est, ou du moins, on se plait à penser qu’il l’est…

Style : Assez peu de descriptions réellement érotiques, mais des situations parfois drôles, étonnantes et émoustillantes… Avec une écriture fluide, vive, énergique, on est facilement emporté par les aventures de l’auteure. La bonne humeur qui plane de pages en pages est communicative.

Température : 25° Cette série de petites histoires n’est pas à proprement parlé d’un érotisme surchauffé qui tétanise de désir, mais ces aventures sexuelles sont présentées sans détour et on laisse la douce chaleur monter doucement…

Extrait : Un sexe dans une main, mon autre pressant la courbe creuse d’une aine nerveuse. La douceur un peu timide du brun tendre qui vient succéder à l’énergie décidée du blond pointu. Toutes mes places sont prises, je ne suis lâchée que pour être reprise. Mains affairées, bouche émerveillée. Deux peaux pour moi toute seule, des bosses pour tous mes creux, deux rythmes, une seule chanson, la mienne.

L’autobiographie version masculine anonyme et machiste…

-> Journal intime de mon sexe auteur anonyme publié en 2009

Journal intime de mon sexe auteur anonymeRésumé : Adaptation d’un journal intime tenu en 2003 sur un blog portugais : le blog de Zizi. Très célèbre au Portugal, l’auteur de ce blog proposait des réflexions sur le sexe ainsi que des descriptions plutôt osées de ses aventures dans le domaine. Parfaitement anonyme, tout ce qu’on sait sur cette personne, c’est qu’il s’agit un homme… (et encore)

Style: Pamphlet volontairement provocateur, le ton est anticonformiste et l’auteur n’hésite pas à tenir des propos résolument machistes. Le style d’écriture est très cru, très direct, ce qui évite au livre l’écueil de la prétention, mais on reste cependant un peu dubitatif sur le classement érotique du livre.

Température: 20° C’est drôle, osé, cru… mais absolument dépourvu de sensualité. 20° parce que le sujet tourne toujours autour de la sexualité.

Extrait: Combien parmi nous ne sont pas restés bois bandé à cause d’une devanture arrogante ou d’un cul ferme, avant de découvrir, au moment d’ôter les vêtements, que tout cela n’était que miches diminuées et fesses boursouflées ? […] C’est que vous (les fabricants de soutien-gorge) n’avez pas même la mâle droiture de placer un avertissement sur les soutiens-gorge et sur les pantalons, comme le font les mecs sur les paquets de cigarettes. Au lieu de « Provoque le cancer », vous devriez écrire : « Il peut s’agir de seins tombants », ou : « Il peut s’agir d’un pétard flasque ». Et le type est averti du risque qu’il encourt.

L’autobiographie d’une femme de lettres

-> L’Ordinatrice ? Mémoires d’une femme de 40 ans de Maud Sacquard de Belleroche publié en 1968

L’Ordinatrice ? Mémoires d’une femme de 40 ansRésumé : L’auteure est une intellectuelle et écrivain reconnue qui a écrit un certain nombre de romans et d’essais dont l’un d’entre eux a reçu un prix de l’Académie Française. Elle a côtoyé Céline, Drieu la Rochelle ou encore Robert Brasillach. Elle raconte ici sa vie sexuelle, une vie heureuse et pleine d’aventures qu’elle ne regrette jamais et que rien ne semble vraiment entacher, pas même la seconde guerre mondiale, à tel point qu’on finit par lui envier cette insouciance! Ce roman a fait l’objet d’une adaptation en bande Dessinée en 2005.

Style : Dans un style classique mais avec une belle écriture, agréable et assurée, l’auteure nous décrit ses expériences sexuelles de manière directe et agréable. On se retrouve plongé avec elle dans le milieu du XXème siècle et on suit ses aventures intimes et libertines avec délice.

Température : 30° Avec beaucoup de réalisme et d’intelligence, l’auteure nous plonge avec elle au cœur de ses souvenirs et de ses plaisirs.

Extrait : Je m’emparai de son sexe et le taquinai, du bout des doigts, du bout des lèvres. Fabrice soupira d’aise, un peu craintif encore, mais trop intellectuel pour refuser une expérience insolite.

Autre forme d’autobiographie : les fantasmes de l’auteur

-> Des désirs et des hommes de Françoise Simpère publié en 2000

Des désirs et des hommes de Françoise SimpèreRésumé : A travers 18 nouvelles, l’auteure nous offre ses fantasmes, ses rêves de rencontres érotiques avec des hommes différents, du désir pulsionnel au coup d’un soir en passant par de simples récits sensuels. L’amour attachée, le plaisir solitaire ou l’abandon sensuel sur une plage, on suit ces fantasmes à la fois pudiques et sans concession, ses désirs et des hommes…

Style : Avec beaucoup de sensualité et de simplicité, l’auteure parvient à décrire parfaitement ses fantasmes et l’on en partage volontiers quelques uns avec elle. Avec une écriture épurée et simple, on ne se lasse pas de cette suavité constante et on en redemande.

Température : 30° Avec 18 histoires, il y en a pour tous les goûts et tous les désirs…

Extrait : Sa langue s’est promenée rapidement autour de la culotte, le long de la dentelle, comme pour délimiter un territoire, puis il a écarté le tissu et commencé à me lécher… J’allais dire tout doucement, le souci de la précision me pousse à rectifier : ce n’était pas tout doucement, mais tout légèrement, et très vite. Je suis sûre que vous imaginez très bien ce que je veux dire et vous me connaissez assez pour deviner que je n’ai pas longtemps résisté à ce traitement. J’ai senti monter en moi une onde aiguë de plaisir, mes jambes se sont mises à trembler.

L’autobiographie d’une professionnelle

-> Le doux venin du scorpion : journal d’une vendeuse de plaisir de Bruna Surfistinha publié en 2007

Le doux venin du scorpion : journal d’une vendeuse de plaisir de Bruna SurfistinhaRésumé : Enorme succès littéraire au Brésil puis à l’international, ce roman est en fait la réécriture et l’adaptation d’un blog tenu par une prostituée brésilienne sur lequel elle racontait ses très très nombreuses expériences sexuelles. Ayant eu plus de 1000 rapports sexuels en trois ans, elle a expérimenté un bel éventail de possibilités, allant jusqu’à s’occuper de 8 mâles à la fois… On suit donc l’histoire de cette fille issue d’une famille aisée de Sao Paulo et qui décide à l’âge de 17 ans de mettre son corps en location pour gagner son indépendance.

Style : Ce n’est ni une apologie de sa vie ni une critique, c’est du sexe cru et sans détour. Il y a une vision de la sexualité débridée, présentée telle quelle, avec des orgasmes parfois et du dégoût à d’autres moment. Mais la sincérité de la description associée au fait qu’on sait que c’est vrai déroute et fascine à la fois. La plupart des personnes qui ont acheté ce livre sont des femmes ayant entre 20 et 35 ans…

Température : 27° si vous êtes en quête de sensualité charmante, passez votre chemin… En revanche, si vous voulez vivre par procuration une sexualité sans limite en plongeant au cœur de la débauche de Sao Paulo, vous aurez de quoi vous divertir voluptueusement !

Extrait : Mon fantasme : coucher avec un policier. Leur uniforme me rend folle. La coupe les met extraordinairement en valeur. Ça leur dessine un petit cul rebondi, et la bosse à l’entrejambe est si bien moulée qu’on devine qu’ils portent là l’arme fatale. … Le face à face serait énergique, lui vêtu de son uniforme (important ! ), moi promenant mes mains sur tout son corps, comme si j’avais trouvé un nouveau jouet. Il m’enlacerait avec vigueur, mais sans violence, et ferait de moi tout ce qu’il voudrait. Moi accrochée à lui, les jambes croisées derrière son dos, lui debout, adossé à un mur. Rien que l’idée d’un flic baissant son froc pour m’embrocher, ouh, j’avouerais toutes les fautes que je n’aurais pas commises.

L’autobiographie sexuelle en BD

-> Fraise et Chocolat de Aurélia Aurita, tome 1 publié 2006 et tome 2 en 2007

Fraise et Chocolat de Aurélia AuritaRésumé : On sort un peu du roman pour faire un tour par la bd érotique avec un déballage enjoué de vie sexuelle par son auteure qui décrit avec fraicheur et bonne humeur toute l’énergie sexuelle dépensée avec son homme de l’époque. Aucune pudeur, pas de détour autour du pot, on a du sexe cru avec une grosse pointe d’humour et beaucoup de gaieté.

Style : Avec un dessin simple et sans détail où les parties génitales ne sont jamais clairement visibles, on reste dans l’érotisme suggéré et on garde l’esprit de fraîcheur et la touche d’humour toujours présente. Le texte est à « l’image » des dessins… c’est-à-dire toujours direct, efficace, frais et drôle.

Température : 30°C On reconnait aisément tous les traits des débuts d’une passion amoureuse, et la sexualité épanouie, heureuse et quasi perpétuelle ne peut laisser indifférent !

Un autre érotisme

L’absence de distance propre à l‘autobiographie apporte une autre dimension à l’érotisme plus classique qui livre souvent une histoire peu réaliste visant l’excitation en tout premier lieu. Avec l’autobiographie, on est dans une sexualité plus réelle qui implique parfois moins de sensualité et de rêverie,  mais qui est dotée d’un réalisme dont toute la puissance d’excitation est dans le vrai de ce qu’on lit. Le plaisir sexuel des uns fait ainsi l’émoustillement des autres !

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À propos Ema

Passionnée de mode, de design, d’art et de littérature, adepte d’un hédonisme non égocentrée : Le Plaisir est un art qui s’apprend et se partage.