La BD Erotique : Quelques Idées de Bulles Bouillantes et de Planches Piquantes

L’érotisme qui se feuillète du bout des doigts au fil de pages qui rosissent l’esprit et échauffent les corps ne trouve pas son monopole littéraire dans la littérature érotique classique qui va des « Infortunes de la Vertu » de Sade à la trilogie « 50 Nuances » de E.L James.

Le 9ème art a également son mot à dire et à crayonner : la bande dessinée s’est emparée pleinement de l’érotisme et par certains côtés est même allée encore plus loin dans l’exploration licencieuse.

Ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de la bande dessinée (selon les goûts), c’est que le dessin peut montrer directement les choses, sans que l’imagination n’ait besoin de se figurer elle-même le sensuel de la situation.

Aux Etats-Unis, le genre franchement scabreux et dessiné se développe dans les années 1930 avec les « Tijuana Bible » qui se distribuent dans la clandestinité. En France, l’aventure dessinée réservée aux adultes et considérée comme l’ancêtre est « Barbarella » de Jean-Claude Forest publiée en 1962. Depuis, de nombreux ouvrages sont parus, de qualités et de styles très différents, allant du franchement pornographique à l’eau de rose gentiment coquine, avec des histoires racontées en quelques coups de crayons suggestifs ou au contraire à travers des dessins très réalistes.

Voici donc un petit aperçu des quelques distractions concupiscentes célèbres qui jalonnent les rayons de nos librairies.

Le Classique

-> Le Déclic de Milo Manara, en 4 tomes parus entre 1984 et 2001.

Le Déclic de Milo ManaraRésumé : Claudia Christiani, mariée à un riche avocat, évolue dans la haute société bourgeoise. Frigide, coincée sur toute question sexuelle, le Docteur Fez dont elle refuse toujours les avances, lui implante une puce dans le cerveau pour se venger. Grâce à une télécommande, il peut désormais et à tout moment, la transformer en une débauchée insatiable et sans limite…

Style : Les dessins de Milo Manara sont désormais devenus cultes et parfaitement reconnaissables. Toujours très réalistes, ils sont surtout réputés pour l’impeccable représentation des courbes féminines. Les premières versions du Déclic étaient en noir et blanc, mais depuis les dernières rééditions, on trouve désormais l’album en version colorisée.

Température : Entre 10°C et 40° C. L’histoire est basée sur un fantasme très masculin : la prude qui devient débauchée et qui s’offre à n’importe qui (et n’importe quoi…). Les histoires sont toujours assez basiques et il n’y a aucune subtilité. Si l’on est amateur de sexe cru sans préambule, on tournera autour des 40°C , si l’on cherche un peu de substance pour croire à l’histoire, on sera plus proche des 10°C…

L’autobiographique

-> Fraise et Chocolat de Aurélia Aurita, le tome 1 est paru en 2006 et le tome 2 en 2007.

Fraise et Chocolat de Aurélia AuritaRésumé : Aurélia Aurita raconte les premières semaines de son histoire d’amour avec toute l’effervescence sexuelle associée… Fraise est pour Frédéric et Chocolat pour Chenda, les deux amants héros du récit. Humour, justesse et simplicité permettent à chacun(e) de se reconnaître dans cette vision sans fausse pudeur ni exagération.

Style : Le dessin n’est pas réaliste et reste très épuré et correspond ainsi parfaitement à l’univers dépeint. L’histoire est quant à elle parfaitement réaliste et même réelle, puisque l’auteure raconte sa propre expérience.

Température : Un bon 35°C. Le sexe est au cœur de l’histoire et les fantasmes et aventures érotiques des deux amoureux sont suffisamment réalistes pour se les approprier pleinement…

Le roman adapté en BD

-> Les 110 Pilules de Magnus, paru en 1987 d’après Jin Ping Mei roman anonyme du XVIème siècle.

Les 110 Pilules de MagnusRésumé : Autre grand nom de la BD érotique, Magnus adapte ici (très librement) un roman érotique chinois très célèbre qui narre les aventures de Hsi-Meng Sen, riche libertin qui se voit offrir par un moine 110 pilules qui permettent de décupler ses capacités sexuelles. Il ne doit pas en prendre plus d’une à la fois et qu’à chaque nouvelle lune. Evidemment, l’insatiable héros ne va pas respecter ces recommandations et sa puissance sexuelle toujours plus exceptionnelle le conduira à sa perte…

Style : Le dessin de Magnus est réaliste et les détails anatomiques très précis… Rien à dire côté qualité du dessin. Pour l’histoire en elle-même, on est entre l’érotisme et la pornographie et la balance penche plutôt en faveur du second. La lecture reste cependant agréable car la débauche respecte somme toute l’histoire sans vulgarité exagérée.

Température : Un bon 30°C. On reste dans le fantasme pure et dure… Les aventures d’un homme aux capacités sexuelles exceptionnelles et qui comble au-delà de l’entendement toutes les femmes qu’il croise…

Le BDSM

-> Gwendoline, la Princesse perdue de John Willie paru en 1946 et réédité en 2011.

Gwendoline, la Princesse perdue de John WillieRésumé : Gwendoline passe son temps à être attachée et fessée sous des prétextes assez vagues. Mais l’histoire tourne bientôt autour du fait qu’elle ressemble à un Princesse disparue ce qui l’entraine dans une mésaventure dont elle est toujours un peu plus la victime…

Style : Série de dessins représentant principalement Gwendoline attachée ou corrigée, l’aspect un peu pastel n’est pas dénué d’un fort esthétisme et le dessin tout en finesse apporte beaucoup à cet ouvrage dont l’histoire n’est qu’un prétexte pas du tout dissimulé.

Température : Les adeptes du bondage et de l’univers BDSM soft trouveront leur 35°C tandis que les autres auront dans les mains de jolis dessins dans lesquels ni caresse, ni câlin ni baiser n’apparaissent jamais, ce qui pourra les laisser autour du 20°C.

La science-fiction

-> Morbus Gravis de Serpieri, série en 8 tomes parus entre 1986 et 2003.

Morbus Gravis de SerpieriRésumé : Cette série d’aventures, connues aussi sous le nom de l’héroïne, Druuna, tourne autour de celle-ci et du monde futuriste dans lequel elle vie. Dans ce futur apocalyptique, un virus fait rage qui transforme les humains en mutants pas très sympathiques. Au milieu d’aventures mêlant violence, horreur et dépravation, notre héroïne prend le temps de vivre une sexualité franchement libérée et qui ne se cantonne pas aux monotones humains, quand elle n’est pas la victime de monstres assoiffés de sang un peu, de sexe beaucoup.

Style : Le dessin est très réaliste, et le corps de Druuna toujours très détaillé, surtout lors de ses nombreuses galipettes. Quant à l’histoire, les nombreux prétextes à l’orgie la rendent assez improbable…

Température : Une moyenne de 30°C. Dans un monde imaginaire et peuplé de monstres en tout genre, les adeptes d’exobiophilie, c’est-à-dire ceux qui fantasment sur des relations sexuelles avec des créatures imaginaires, seront comblés. Ceux que la violence et la dépravation la plus crasse rebutent devront passer leur chemin sans se retourner !

Le poétique

-> Comtesse de Aude Picaud, paru en 2010.

Comtesse de Aude PicaudRésumé : La Comtesse découvre le sexe sous sa forme la plus disgracieuse : dans les bras de son vieux et dégoûtant mari durant la nuit de leur noce. Elle se réconciliera bien vite avec le stupre grâce à ses fantasmes nombreux et à son valet, très fidèle serviteur…

Style : L’histoire peut paraître assez simpliste et propice à des envolées pornographiques franches, mais il n’en est rien. En quelques coups de crayons subtils et épurés, nous retrouvons la comtesse en plein ébat, sans aucune vulgarité. Les traits fins, simples et élancés apportent le côté absolument poétique.

Température : Aux alentours de 28°C. Les fantasmes de la Comtesse retranscrits en dessins soignés et délicats offrent une atmosphère où l’érotisme apparait en demi-teinte sous une forme fraîche et agréable. Le sexe est cru, mais toujours joli : de quoi éveiller les imaginaires.

L’historique

-> Borgia de Jodorowsky (texte) et Manara (illustrations), 4 tomes parus entre 2004 et 2010.

Borgia de Jodorowsky et ManaraRésumé : On suit ici l’évolution de Rodrigo Borgia qui deviendra le pape Alexandre VI, resté célèbre dans l’histoire pour sa vie absolument débauchée, teintée de meurtres et de corruption, aptitudes qu’il a léguées à ses nombreux enfants…

Style : On retrouve le dessin de Manara, toujours précis et réaliste, surtout quand il est question de figurer les nombreuses scènes torrides… L’histoire quant à elle est assez romancée et vous ne trouverez pas ici une biographie précise de ce pape. Cependant, Jodorowsky est réputé pour ses scénarios grandiloquents, spectaculaires et réussis.

Température : 28°C selon les tomes. Ici, pas franchement d’érotisme, on est plutôt dans la violence, la débauche et l’orgie. En revanche, le caractère historique donne une certaine aura à l’ensemble et on se plait à se projeter dans cette époque (ou au contraire, à se réjouir de ne pas y avoir vécu !)

Le Manga érotique

-> Blue de Naoki Yamamoto, paru en France en 2012.

Blue de Naoki YamamotoRésumé : Dans une ambiance toujours un peu fébrile, un peu mélancolique, on trouve dans ce recueil 7 histoires qui n’ont pas vraiment de lien entre elles si ce n’est le fil conducteur que sont l’amour et le sexe. Les personnages ont toujours l’air de rêver, d’être loin de toute réalité. Ce manga tient son nom de la drogue aphrodisiaque présente dans la première histoire.

Style : On reconnait le style classique du manga japonais avec cependant un très grand réalisme dans le dessin qui reste malgré tout épuré… Une atmosphère agréable de brume réaliste.

Température : 30°C selon les histoires. Celles-ci abritent toujours un peu de sexe, et l’érotisme qui plane dans ce recueil est assez puissant, d’autant qu’il est l’unique réveil à ces corps endormis…

Et d’autres encore…

Si vous êtes tentée de vous plonger à corps perdu dans la lecture de BD érotiques mais que vous ne savez pas par où commencer, outre les quelques pistes proposées ici, vous pourrez également vous aider d’une des nombreuses anthologies qui traitent de cette question et proposent une forme d’élite parmi les albums du genre.

Il existe également des magazines du type Fluide Glacial ou l’Echo des Savanes qui n’hésitent pas à publier très régulièrement quelques histoires franchement érotiques.

Vous n’aurez donc aucun mal à vous munir de quelques aventures dessinées un peu licencieuses et consacrer vos soirées d’hiver à ces deux innocentes consonnes, BD, qui savent quelques fois être beaucoup moins sages

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À propos Ema

Passionnée de mode, de design, d’art et de littérature, adepte d’un hédonisme non égocentrée : Le Plaisir est un art qui s’apprend et se partage.