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Seize ans – Partie 1

Nous étions trois ados de seize ans qui avions décidé de passer quelques nuits à la belle étoile, sous la tente, durant ce mois de juillet 1995. Les parents de mon pote avaient une maison plantée sur un immense terrain, dans le haut Var. Tout au long de l’année scolaire, durant les weekends, il nous arrivait fréquemment de dormir chez eux, dans la chambre à l’étage de leur fils. On s’amusait d’un rien à l’époque. On était inséparables comme le sont les bandes d’ados, et nos aventures avec les filles étaient aussi nombreuses qu’éphémères. Pourtant toutes ces amourettes parfaitement inoffensives nous paraissaient d’une importance capitale, et l’étaient sûrement.

Les vieux avaient décidé de rester chez eux pendant les vacances. On aurait bien récupéré la maison, mais on ne s’était pas désarmés. Pour préserver notre indépendance, on avait planté la tente pour quelques jours au milieu des pins, dans la colline, loin de la maison. Cela nous ferait une garçonnière où nous serions libre de faire ce que bon nous semblerait. C’est-à-dire, fumer des pétards, boire de la mauvaise bière et, éventuellement, ramener quelques filles. A cet âge-là, la promiscuité est plus un bonheur excitant qu’une contrainte. C’est l’âge où l’on croit être grand, où l’on se libère comme si l’enfance fut un étau. C’est l’âge où l’on exulte.

Enfoncés dans les bois, on avait l’avantage de pouvoir faire tout le bruit qu’on voulait, sans être embêtés ni déranger nous-même qui que ce soit. On n’avait qu’à revenir à la maison pour se doucher et déjeuner de temps en temps, en bons courants d’air que nous étions. Le paradis pour les parents autant que pour nous.

Pour retrouver nos potes en ville, on partait à deux cyclos, ou parfois à pieds quand l’un des deux tombait en panne, ce qui arrivait souvent. A pieds, il nous fallait presque une heure et demie pour rejoindre le centre et autant pour rentrer ; mais cela ne nous faisait pas peur, car chaque sortie était une aventure et nous trouvions toujours des montagnes de conneries à faire sur la route, des gens à rencontrer, des frousses à affronter… Et puis la fête commençait en chemin et se terminait bien après notre retour, pour lequel nous prévoyions toujours des munitions : quelques bières et de quoi faire autant de pétards que nécessaire.

Mais nous restions quand même sages. Une bande de gentils, finalement. Franchement gamins dans nos tronches et pas vicieux pour un sou. On avait juste la culture de la déconne, du fou rire ; et une envie de vivre intensément que ne contrariaient pas nos idoles : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison et Kurt Cobain.

On avait planté notre tente, et jeté à l’intérieur trois duvets et tout le matériel requis pour notre autosuffisance. Une lampe de poche, un poste à CD, une cartouche de clopes, des feuilles OCB constituaient le gros de notre nécessaire de survie. Posés en dehors de la tente, une poubelle incertaine et des packs de bières, non loin d’un petit foyer où nous improvisions bien protégé entre quelques pierres un feu de camp, pour y chanter du Bob Marley avec une guitare dégueulasse, comme toute tribu d’ados respectables.

Ce premier soir, nous allions pendre notre crémaillère et avions invité trois copines de notre bande du lycée. Elles étaient arrivées en cyclo, elles aussi, et avec du rosé. On n’avait pas de verre, mais ce n’était pas franchement une préoccupation. On avait oublié le tire-bouchon d’ailleurs, puisqu’on ouvrait nos bières avec les briquets. Du coup, on enfonçait le bouchon dans la bouteille avant de boire au goulot. Les filles fumaient des roulées, ce qui, avec la raie au milieu de leurs longs cheveux lisses, leurs sarouels ou leurs pattes d’eph et leur parfum au patchouli concourrait parfaitement au revival hippie qu’elles avaient hérité de leurs parents.

La soirée commença autour du petit feu, uniquement là pour la lumière et le principe. Nous étions en rond, tout autour du foyer et on se faisait passer les joints, les bouteilles et devisions gaiement de tout et de rien. On était vite saouls à cette époque. Par contre, on avait une capacité à enchainer les joints qui me force encore l’admiration aujourd’hui. Ou plutôt la stupéfaction. Je ne sais plus qui lança « on fait un conséquence ou vérité ? » Ce genre de jeu, destiné à faire finalement des trucs de grands avec des comportements d’enfants, on l’avait tous testé à plusieurs époques de nos vies. C’était évidemment le prétexte à l’émoi érotique et les filles autant que les mecs y attendaient le frisson. Des confidences d’abord sur des gens du lycée, puis sur nous. Et puis des bisous entre les filles et nous. De toute façon, on était tous déjà peu ou prou sortis les uns avec les autres, au collège ou au lycée.

Puis après un tour de bisous (même les filles en avaient échangé quelques-uns ensemble), il fallut devenir plus créatif. Mon pote proposa à une fille de toucher le sexe de chacun des cinq autres. On rougissait facilement à l’époque, et les meufs faisaient semblant d’être outrées. N’empêche qu’elle s’exécuta. D’une main timide, elle alla de pantalon en pantalon pour au travers du tissu s’attarder autant qu’elle pouvait en prenant bien la mesure des géographies individuelles ou des chaleurs intimes. Puis on fit une petite pause implicite. C’était osé comme situation pour nos petits cœurs de gosses ! On ne savait même pas qui était encore vierge autour du feu. Certainement la plupart. Moi, j’avais couché quelques fois avec une seule fille, l’été d’avant, mais je n’en avais pas appris grand-chose ; Je savais juste que c’était faisable, et je commençais seulement à mesurer comme je ne savais rien du sexe… Mes potes, aucune idée. Les filles, mystère. L’une d’entre elle avait couché, déjà, c’était sûr. Mais les autres ?

On continua donc de boire et fumer, émoustillés par le tour de chauffe de notre courageuse amie. On éclatait de rire régulièrement, les uns ou les autres tombaient à la renverse de temps en temps, et les soufflettes étaient prétexte à rapprocher les bouches et sentir le souffle chaud de son voisin ou de sa voisine.

Sans en parler, nous demeurions toutes et tous érotisés par nos gages précédents. Sans sentiment d’urgence, non plus. Mais on se demandait comment la soirée allait évoluer. Pour ma part, j’espérais un petit miracle pour que nous continuions. Puis mon pote, le propriétaire, en quelques sortes, proposa de faire un aquarium dans la tente. Un truc super malin comme seuls les adolescents savent en imaginer : fumer un gros pétard dans un espace confiné. Il avait parié sur la frilosité des filles, qui commençaient à frissonner avec l’humidité de la nuit. On était tous rentrés donc pour éclater le calumet. On était plus que serrés, et c’était cool. L’une des copines s’était quasiment assise sur mes jambes en tailleur. Il faut dire qu’on se faisait des œillades depuis le début de la soirée. Et heureusement qu’elle était plus dégourdie que moi parce que sinon, nous y serions encore.

La seule lumière de la tente était une lampe de poche que le troisième larron avait attrapée. Il s’amusait à l’éteindre et l’allumer, évidemment, et de temps en temps à éclairer les filles en plein visage. Nous eûmes tôt fait de l’engueuler, de manière à ce qu’il se décide une fois pour toute à l’éteindre, pour le plus grand bonheur de tous, en fait. Il avait d’ailleurs dû bien calculer son coup. La jolie brune assise sur mes jambes s’était retournée vers moi. Je sentais ses cheveux sur mon visage. Je passais ma main délicatement, simplement pour pouvoir situer son visage par rapport au mien. Et un peu, je dois le dire pour tester sa réaction au frôlement de mes doigts. On tâtonne beaucoup à cet âge, surtout dans le noir. Je m’arrêtais sur sa joue. Elle ne bougeait plus, comme pour mieux se laisser attraper. Je décidais de l’embrasser. Cela dura longtemps. J’ai encore le souvenir de sa bouche fraiche sur la mienne. Puis il y eu un silence. Je crois que les autres dans l’obscurité nous avaient entendus. Où ils avaient senti l’air se charger de nos vibrations. En tous cas, l’une des filles, pas dupe pour un sous, s’amusa à l’appeler. Pas de réponse évidemment. Du coup la troisième gonzesse dit un truc du genre « elle a la bouche pleine ». Ce à quoi le copain à la lampe de poche rétorqua « Et nous alors ? »

Très vite, et sans que je puisse voir comment cela s’était passé, je devinais que trois couples de patins s’étaient formés. On sentait la tente s’agiter. J’entendais des boutons se défaire, des tissus frottés et même, de temps en temps une fringue voler et tomber sur l’un ou l’autre. Au bout d’un moment, dans la température rehaussée par notre excitation confinée ; mon hôte de copain, qui était de loin le plus provocateur dit à l’assistance : « On se met tous à poil ? » Tout le monde éclata de rire, mais en fait s’exécuta en quelques minutes.

Nous étions pris dans le tourbillon avec autant d’envie que de crainte de faire ou de ne pas faire. Pour ma part, j’enlevais le haut de ma jolie brune, qui prit la suite en se retirant elle-même le soutien-gorge après avoir constaté comme je luttais des deux mains pour l’en débarrasser. Aujourd’hui, je fais ça d’une main en claquant des doigts. Mais les deux techniques ont du charme finalement, même si l’une est parfaitement inopérante. Elle s’enleva également le bas, tout comme moi. Je bandais comme un adolescent. C’est-à- dire qu’il aurait suffi d’un frôlement de peau sur mon sexe pour que j’éjacule sur tout le monde au travers de la tente.

Du coup, je me concentrais sur toutes les techniques foireuses qu’on a à cet âge. Penser à ses profs, à sa mère, se mordre les lèvres, se pincer, bref… Le plus efficace encore était de fuir les caresses sans en avoir l’air et d’entreprendre la fille, ce que je commençais à faire. Je l’allongeais sur le dos pour me mettre à plat ventre, le visage sur son sexe. Cela allait être mon premier cuni. J’ai grandement gagné en technique depuis. Il n’empêche, je débordais d’émotion. Je lui caressais le ventre et les seins en même temps. Puis je me rendis compte qu’elle était allongée sur une des copines. Je ne le sus qu’après, mais celle-ci avait passé un bon moment à lui caresser les seins aussi, sans que jamais l’on ne se croise. De temps en temps je sentais des peaux me toucher car ça s’agitait partout autour. C’était surtout les potes que je sentais. Mais où était donc la troisième fille ? Ca soupirait de tous les côtés. Avec l’une de mes mains, au bout d’un moment, j’avais essayé d’attraper le bras ou la main de ma brune. Son autre main demeurait posée sur ma tête pour m’accompagner dans mes coups de langue. En quête donc de sa main, je finis par comprendre qu’elle avait saisi la queue qu’un de me pote lui avait glissé entre les mains sans aucune formalité. Si je devais dessiner le tableau aujourd’hui, je crois que ce serait la composition suivante qui avait été retenue dans ce huis-clos.

Moi allongé sur le ventre pour des papouilles à cette fille qui branlait un copain. L’autre fille sous ma brune lui caressait les seins tout en embrassant mon pote branlé. Bref, on était quatre dans le coup. J’appris le lendemain que les deux autres (le copain à la lampe de poche et la troisième copine) avaient tout bonnement effectué un bon vieux missionnaire sans contribuer à notre joyeux collectif. Ma brune avait fini par sucer le copain qui lui avait allègrement joui dans la bouche. Pour ma part j’avais déjà éjaculé tout seul d’excitation, sans autre forme de publicité. Il va sans dire qu’aucune fille n’avait joui : à cet âge-là, on est des branleurs, il faut bien l’avouer. On n’était pas doués, mais on avait l’impression de vivre des trucs extraordinaires. Et dans une certaine mesure, c’était le cas. Elles étaient fortes, nos émotions. Et les vivre comme cela, dans un groupe qu’on pensait à l’époque inoxydable, éternel, rendait les choses plus exaltantes encore.

Rhabillés un peu, nous avions ensuite fumé un ultime pétard avec les filles, avant qu’elles partent dans la nuit. Pudiques malgré tout, nous n’avions pas dit grand-chose de ce qu’il venait de se passer. Sans en avoir honte, toutefois, au contraire, on avait repris le cours de la soirée, des sourires béats sur les visages.

Puis on s’était retrouvés entre mecs. Il régnait une chaleur moite dans la tente enfumée. On était bien bourrés, quand même et là, les langues s’étaient déliées un peu. Ce qui était étonnant quand même, vu notre habituelle pudeur de gosses.

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Marcus Cameron MitchellArticle écrit par Marcus Cameron Mitchell

Jeune quadragénaire, papa, revendiquant sa deuxième vie, fou amoureux et libertin à ses heures ; Marcus Cameron Mitchell est un artiste s’adonnant à toutes les sensualités par la musique, la photo, les vins et le corps.

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