Conseil d’Expert : Comment Améliorer ses Compétences Sexuelles – Partie 1

Cet article est proposé par Iv Psalti, membre de notre Comité d’Experts Scientifiques.

Être compétent sexuel, c’est simplement être capable de donner, recevoir et prendre du plaisir… C’est considérer le sexe comme une activité qui nous fait beaucoup de bien. La bonne nouvelle : ça s’apprend. Et la première leçon commence immédiatement !

compétence sexuelle

Quand on évoque la sexualité, nous ne pouvons pas mettre tout le monde dans le même sac. Il existe d’un côté, ceux qui aiment le sexe, les sexophiles, d’un autre, ceux qui ne l’aiment pas, les sexophobes et entre les deux, les intermittents du sexe*. En fait, il s’agit d’un continuum où chacun peut passer d’un degré de sexophilie à un autre, tout au long de sa vie.

Pour certains, sexophiles et sexophobes sont des cases fixes. Mais pour la majorité des gens, tout au long de la vie, on peut passer d’une case à une autre.

Les sexophiles s’investissent dans la sexualité pour augmenter leurs potentiels érotiques. Ils veulent s’épanouir sexuellement. Alors, comment y arrivent-ils ? Y a-t-il des étapes à suivre ? Oui. Mais avant tout, il faut être convaincu que l’épanouissement sexuel est à la portée de tous… à condition de le désirer, d’être curieux et motivé.

De plus, il faut pouvoir se dire : « Le sexe c’est bon pour moi, bon pour mon propre bonheur ». On ne fait pas l’amour que pour faire plaisir au partenaire. J’appelle cette approche : « la Sexualité Positive** ».

La sexualité n’a rien d’exceptionnel. C’est, tout simplement, une façon comme une autre de prendre du plaisir. Le gastronome prend du plaisir en mangeant, l’œnophile en dégustant du vin, le cinéphile en regardant un film, le mélomane en écoutant de la musique, le sportif en pratiquant son sport préféré et le sexophile en faisant l’amour. 

À quoi sert la sexualité ?

La sexualité est considérée comme une ressource personnelle positive. Elle n’est pas naturelle et s’apprend et se découvre lentement, au gré de ses expériences. À 20 ans, on n’a pas la même sexualité qu’à 40, 60 ou 80 ans. Elle a la particularité, le plus souvent, de se bonifier avec l’âge. Elle est destinée à soi-même, à son propre bonheur dans la « sexualité personnelle ». Dans le meilleur des cas, elle a surtout pour but de partager son épanouissement avec son partenaire dans la « sexualité relationnelle ».

L’éducation sexuelle, dans la sexualité positive, vise à se former pour arriver à prendre plaisir de son corps, à aimer le sexe, à optimiser sa satisfaction sexuelle, à réussir à être un jour sexophile et à atteindre, si possible, la compétence sexuelle : c’est-à-dire, acquérir les capacités de donner du plaisir à un autre, de recevoir de l’excitation (au niveau génital) et de prendre du plaisir (au niveau du cerveau).

Comment atteindre la compétence sexuelle ?

Il s’agit donc d’un apprentissage qui peut parfois prendre des années. Certes, il existe des personnes plus douées que d’autres, comme certains qui ont plus l’oreille musicale que d’autres.

Il faut d’abord savoir que le « bon baiseur » ou la « bonne baiseuse » universels n’existent pas. Benoit peut être un très bon amant pour Ingrid, mais un piètre partenaire sexuel pour Irène.

Le bon amant, la bonne maîtresse, n’est pas seulement la personne qui fait jouir son partenaire. C’est celui (celle) qui se révèle être le meilleur support des attentes de tendresse, de communication et des fantasmes de l’autre. Bref, c’est celui (celle) qui comble son partenaire. Donc, il s’agit du « donneur » de plaisir. Le compétent sexuel doit aussi être capable de « recevoir » et de « prendre » du plaisir.

La compétence sexuelle est accessible aux personnes qui développent leur « intelligence sexuelle », c’est-à-dire qui ont la capacité de connaître et de maîtriser leur sexualité, et de comprendre celle du partenaire. Le compétent sexuel, c’est le sujet qui a appris comment fonctionne son corps, c’est celui qui l’a érotisé et dompté. Il connaît aussi le fonctionnement sexuel de sa/son partenaire, l’a érotisé, est à son écoute, utilise au mieux les techniques amoureuses apprises, fait l’effort de se rappeler ce que l’autre aime.

Avant de décrire les étapes que doivent franchir les personnes afin de développer leur compétence sexuelle, commençons par un exemple, une femme qui croit être compétente.

Vignette clinique : Lydia, 30 ans, consulte pour un DSH (désir sexuel hypoactif, c’est-à-dire qu’elle n’a plus de désir). Elle cohabite depuis cinq ans avec son amoureux. Les premiers mois, elle prétend qu’elle avait beaucoup de désir sexuel, mais que celui-ci s’est épuisé avec le temps. Après deux ans de vie commune, ils étaient à une fréquence de dix rapports annuels, et la dernière année, à zéro ! Elle veut remédier à la chose.

Le sexologue qui se retrouve face à un tel cas doit connaître avant tout l’histoire sexuelle de la patiente et l’interroger sur ses activités sexuelles (fantasmes, masturbations, relations sexuelles). Il s’avère que Lydia n’a pas de fantasmes et ne s’est jamais masturbée de sa vie. Premier rapport sexuel à 19 ans et puis, beaucoup de désir sexuel (prétend-elle) entre 20-23 ans et puis, ça s’épuise. Ce qui m’intéresse évidemment, c’est cette période de trois ans : que s’est-il passé ?

Elle dit qu’elle a eu beaucoup de rapports sexuels… avec environ deux cents partenaires ! Elle prétend être très compétente sexuelle. Elle était sur le campus universitaire, elle s’éclatait… et avait beaucoup de désir sexuel, affirme-t-elle ! Je lui rappelle que le désir sexuel, c’est pour obtenir du plaisir sexuel. Était-ce son cas ? Non, mais elle était fière de « tout faire » au lit.

Je lui demande si elle prenait du plaisir aux fellations, pénétrations vaginales, sodomies. Non ! Avait-elle des orgasmes ? Non ! Alors, pourquoi continuait-elle… pourquoi tant de partenaires ? C’était sa façon d’attirer les hommes. Elle est loin de la sexualité positive. Sa seule motivation était de plaire et de séduire. De plus, comment voulez-vous qu’elle obtienne de l’excitation avec un corps qui n’est pas formé au plaisir sexuel, qui n’est pas érotisé ? Lydia, dans la compétence sexuelle, n’est qu’une « donneuse » de plaisir, mais certainement pas une « receveuse » ni une « preneuse » !

Avant de s’éclater dans la sexualité, autant les femmes que les hommes doivent franchir plusieurs étapes consécutivement ou travailler sur ces étapes en même temps. C’est ce que nous verrons dans les prochains mois sur le blog de Lelo.

Les étapes pour arriver à la compétence sexuelle sont :
  1. Enrichir sa vie fantasmatique
  2. Améliorer son image corporelle
  3. Développer l’érotisation de son propre corps
  4. Érotiser le corps du partenaire
  5. Amener des jeux coquins dans la sexualité relationnelle
  6. Aboutir à une relation sexuelle épanouie grâce au lâcher-prise

Durant ces différentes étapes, la personne qui veut améliorer ses compétences sexuelles utilise ses trois activités sexuelles.

Développer les 3 activités sexuelles (relations sexuelles, masturbations et fantasmes)

Quand on parle sexualité, beaucoup ne pensent qu’à une sorte d’activité sexuelle : la relation sexuelle entre deux personnes. Pourtant, outre la « sexualité relationnelle », il existe aussi la « sexualité personnelle ». Dans cette dernière se trouvent deux activités sexuelles bien distinctes : entrer dans des fantasmes et s’adonner au plaisir solitaire.

Les personnes adeptes de la sexualité positive pratiquent, pendant toute leur vie, ces trois activités sexuelles : fantasmes, masturbation, relation sexuelle à des degrés différents. Parce qu’il ne faut pas oublier que même les grands sexophiles ne sont pas à l’abri du désir fluctuant sur la durée, à cause de maladies, problèmes chez les proches, perte de travail ou d’argent…

La sexualité relationnelle

Quand on parle du rapport sexuel, on entend par là « sexe à deux », englobant les préliminaires, les caresses, les jeux sexuels avec ou sans sex-toys, les pénétrations (orales, vaginales, anales), les positions, etc.

TIANI 3 de LELO

Pour être en harmonie sexuelle dans un couple, il faut être sur la même longueur d’onde au moins au niveau de la libido et de la demande de fantaisies sexuelles. Si l’un aime faire l’amour une fois par mois, le 3e samedi du mois, à 10 heures du soir, dans la chambre à coucher, sur le lit conjugal, la lumière éteinte, sans enlever le pyjama, pénétration vaginale en missionnaire, 2-3 mouvements et hop… l’affaire est bouclée ; et que l’autre, par contre, aime faire l’amour au moins cinq fois par semaine, à n’importe quelle heure, à l’intérieur de la maison comme à l’extérieur et ce, partout, en utilisant tous les orifices, en révisant son Kâma Sutra, en faisant durer le plaisir le plus longtemps possible… il y a de fortes chances que ce couple ne s’entende pas dans la sexualité.

Le comportement sexuel est fonction du caractère de l’individu, de sa façon d’être, des expériences qu’il a vécues, de la relation qu’il a eue avec ses parents, de son histoire sexuelle et de l’entente dans son couple. En général, les sexophiles développent tôt leur sexualité personnelle (masturbation et fantasmes).

Dans mon expérience clinique, je me rends compte que les gens qui n’utilisent que la sexualité relationnelle présentent plus souvent des troubles sexuels. En sexothérapie, on travaille beaucoup sur les fantasmes et la masturbation. Quand ces personnes n’ont pas ces deux activités sexuelles, en absence de partenaires et de relations sexuelles, elles ont une chute de libido, accompagnée souvent chez les hommes de problèmes d’éjaculation rapide et de dysfonctions érectiles, et chez les femmes, de troubles de lubrification et du manque de désir.

La sexualité personnelle

La sexualité relationnelle aide à garder une bonne santé sexuelle, tout comme la sexualité personnelle… que nous verrons plus tard.

La compétence sexuelle est à la portée de tous, à condition de savoir que ça existe et de vouloir y parvenir. La curiosité sur la « chose » et la motivation aident à y arriver.

La fois prochaine, nous verrons comment une femme (ou un homme) peut enrichir sa vie fantasmatique, premier pas pour atteindre la compétence sexuelle.

A suivre…

 

iv psaltiArticle écrit par Iv Psalti

Auteur, conférencier, chroniqueur (télé, radio) et formateur en sexologie, le Dr Iv Psalti enseigne la sexologie et la thérapie de couple dans le cadre de l’École de Thérapie Conjugale et de Sexualité Positive qu’il a créée, ainsi qu’à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) pour le « Certificat Universitaire en Sexologie Clinique ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans les domaines de la sexualité et du couple.

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