Les 13 – Partie 2

 

J’étais moite de désir, humide de plaisir.

Des bruits que je ne reconnaissais pas, j’étais trop perturbée pour que mon cerveau fonctionne correctement. Je ne guettais que les pas, le bruit des corps autour de moi qui s’affairent. La chaleur me quittait peu à peu, je redescendais lentement. Je me trouvais minable, lamentable. Comment pouvais-je ainsi laisser des inconnus me reluquer, accepter de me donner en spectacle… Par amour pour lui. Mais pouvait-on tout accepter par amour ? Est-ce que je ne faisais pas semblant d’être outrée pour ne pas passer aux yeux de mon esprit fermé pour une petite pute vicieuse avide de sexe ? Et ce silence qui me rendais dingue…Je bouillonnais, j’avais hâte, j’avais envie.

On passait derrière moi, je sentais l’air qui se déplaçait. Une main, puis deux sur mes épaules. Le contact de quelque chose de froid. Qu’est-ce que c’était ? Le contact du métal sur les pointes de mes seins m’a fait tressaillir. J’ai senti une pince qui se fermait, puis deux. C’était douloureusement bon. Mes deux seins étaient enfermés dans cette délicieuse sensation entre le mal et le bien.

Sur mon ventre, je sentais se promener quelque chose de doux, qui me faisait frissonner, ce qui agitait un peu plus les pointes de mes seins déjà tendues à l’extrême. Un plumeau qui aguichait ma peau et mes sens. Il se promenait comme une plume volant dans une légère bise. Sur mes bas, mes cuisses que j’ouvrais quémandant une caresse douce pour soulager la pesanteur de mes envies. Il passait sur mon pubis offert. Je craignais de ne pouvoir retenir les petits gémissements de délectation coincés dans ma gorge.

Puis les caresses ont cessé d’un coup. Seules les pinces restaient à leur place. J’étais de nouveau face à moi même, face à cette honte qui grimpait au fur et à mesure que descendait mon plaisir.

J’attendais ce qui me semblait être des heures. Je grelottais de froid.

Je n’identifiais plus rien, mes sens en alerte me lançaient des signaux de détresse. Le froid vif s’attaquait à ma peau bouillante. Le choc glacial me transperçait les os. Des pas dansaient, flottaient autour de moi. Une odeur de cigare, un nuage de fumée jeté sur mon visage. J’étouffais, je toussais, il continuait à m’envoyer dans le nez cette puanteur. J’ouvrais en grand ma bouche, j’avais besoin d’air, je suffoquais. A ce même moment, bloquant ma mâchoire et obstruant tout passage d’air, je sentais un sexe dur se plantant au fond de ma bouche. Une main sur ma gorge me maintenait fermement la tête renversée. Pour l’empêcher d’aller plus loin, je l’ai poussé avec le bout de ma langue, j’avais envie de vomir, une nausée lancinante me prenait…Mais il a continué et commencé de légers va-et-vient, se frottant à mon palais et contre ma langue. Non je n’allais rien faire, rester impassible, je devais lutter contre cette tentation de caresser ce sexe. Alors je restais immobile, concentrée, et je laissais cet homme pénétrer ma bouche. Mes deux mains sur mes genoux, je restais connectée à mon esprit. Fuir en image, me souvenir des moments passés avec Gabriel lorsque nous étions seuls, et que nous nous parlions, lorsque nous étions allongés à refaire le monde; lorsque… faible est l’esprit, car des images de nos ébats prenaient place. Je nous voyais tous les deux faisant l’amour…Et comment rester impassibles face à ce flot continu de souvenirs, comment ne pas réagir à ce sexe dans ma bouche.

J’ai plaqué mes deux mains contre les fesses de cet étranger, je les sentais, les prenais, les caressais, les malaxais. Je guidais son bassin, lui donnant le rythme. Je murmurais «  Gabriel » car dans mon esprit c’était à lui que je faisais une fellation, c’était à mon homme, à mon amour que je procurais ce plaisir immense. Ma langue comme un serpent se nouait autour et titillait le bout du gland. « Oui Gabriel, j’aime ta force et ton sexe » Doucement, je sentais contre mes lèvres ce sexe qui me caressait. Ses mains se desserraient de mon cou, les miennes se calaient dans le creux des reins. D’un mouvement vif de la tête je reculais, laissant ce sexe en suspens « vous n’êtes pas Gabriel, seul lui peut déposer son sperme dans ma bouche » Je claquais vivement les dents, serrant le plus possible la mâchoire, et de mes mains je rejetais puissamment ce corps qui ne m’appartenait pas.

Allaient-ils me faire payer ma désobéissance ? Ils pouvaient faire ce qu’il leur plaisait, je n’étais qu’à Gabriel.

L’horloge indiquait que cela faisait déjà une heure que ce supplice délicieux, entre honte et plaisir durait.

Des murmures, au loin, des mots échangés. Qu’allait-il advenir de moi ? Et, si jamais je perdais le droit d’aimer Gabriel ?

— Vous avez outrepassé vos droits, mademoiselle. Aimez-vous si peu notre ami que vous ne puissiez pas subir ce rite ?

— …

— Je vous offre la parole, défendez-vous.

— Il n’y a qu’un seul homme dont j’accepte la semence dans ma gorge, et c’est justement votre ami, mon amour, Gabriel. Faites-moi subir autant les choses que vous souhaitez, je ne me défendrai plus, mais je puis vous assurer que je ne le fais que pour une seule raison… Libérer mon homme de vos griffes sadiques et impitoyables. Jouez avec moi, jouissez de moi, que je devienne votre chose. Mais jamais vous n’aurez de moi l’approbation de mon corps et coeur car ils n’appartiennent qu’à un seul homme, GABRIEL.

— Vous vous trompez, Gabriel nous appartient, et nous faisons de lui ce que nous désirons.

— Peut être que son corps vous appartient mais son esprit est libre, son coeur est pur. Maintenant finissons-en. Prenez-moi par tous les trous, faites de moi votre poupée, mais sachez que je n’appartiens qu’à un un seul homme. Et si je prenais du plaisir, sachez messieurs que ce n’est pas parce que vous êtes des merveilleux coups, oh non, c’est simplement que mon esprit s’évade et vous remplace par Gabriel. Maintenant j’attends…

Je me suis redressée, bien droite sur ma chaise, les mains sur mes genoux.

Je suis restée un long moment à attendre. Et s’ils décidaient simplement de me supprimer ? Après tout, personne ne savait que j’étais ici. C’était si facile de se débarrasser de moi. Et que ferait Gabriel, se rendrait-il coupable d’un tel crime ? Je comptais les minutes qui s’égrenaient… Rien, toujours rien. Bizarrement, mon corps et mon esprit étaient sereins. Je me détendais, respirais profondément. Puis des bruits m’ont sortie de ma léthargie, mais je n’avais pas peur.

J’ai senti un frôlement à mes pieds, une bouche qui me soufflait de l’air chaud sur les jambes. Je serrais les dents, mes mains se crispaient sur mes genoux. De légers baisers étaient déposés sur mes chevilles et remontaient délicatement au dessus de mes bas. Une main agile a retiré mes escarpins. Une telle douceur ne présageait rien de bon…Deux mains ont glissé sur mes genoux, les écartant lentement. Un bas, puis deux étaient descendus le long des mes jambes tremblantes. Je ne résistais pas, à quoi bon.

Sous mon bandeau, mes yeux versaient des larmes, de colère, de tristesse, et de honte. Honte d’avoir pris du plaisir, de ne pas avoir su contrôler mon corps.

L’air chaud se rapprochait de mon sexe, je ne frémissais plus, je n’avais plus aucune sensation .

Des doigts tremblants parcouraient mes cuisses, passaient sous ma jupe, la déboutonnaient.

Puis l’homme m’a fait mettre debout. J’aurais pu tenter de m’enfuir, taper, hurler, mais qu’adviendrait-il de Gabriel si j’agissais ainsi ?

Ma jupe noire est tombée par terre. Une mise à nu totale. Combien d’hommes me regardaient, me désiraient ? Je me tenais le plus sévèrement possible, ne laissant rien paraître. Même le froid n’arrivait plus à contrôler mon corps.

Une main sur mon épaule, l’autre sous les fesses, on me transportait… Je priais silencieusement, remerciant je ne savais quel Dieu pour mon passage sur terre. Je pensais à ceux que j’aimais, à Gabriel… A la vie que nous aurions pu, dû avoir si son fou de père, et tant d’autres avant n’avaient pas faits partie de cette «  corporation ». Je souriais en pensant que ma belle mère avait dû elle aussi en passer par là. Est-ce pour cela qu’elle se rendait à l’église tous les jours, pour expier ce qu’on lui avait fait subir, pour ce qu’elle avait aimé ?

On m’a posé délicatement sur un lit, la douceur du geste m’a fait encore plus peur que si je recevais des coups.

Les caresses ont repris. Je me laissais faire.

Une main agile est montée jusqu’à mes seins, les prenant un à un dans la paume. Traître de corps qui réagissait au quart de tour face aux assauts de ces doigts qui titillaient la pointe de mes seins. Mes sens s’éveillaient, se souvenaient.

— Gabriel… Mon corps, mon coeur te reconnaissent.

Tout s’est arrêté, je sentais des mouvements sur le lit. Était-il parti ?

M’étais-je trompée ? Non ce n’était pas possible je le savais, un seul homme me connaissait aussi bien. La porte a claqué.

Quelqu’un se rapprochait, mon bourreau où mon amour ?

J’ai senti un tissu jeté sur moi. Pour me protéger où pour me faire disparaître ?

Le lit s’est déformé sous le poids de quelqu’un qui venait s’allonger à mes côtés.

— Tu as réussi ma douce…

— Gabriel ? Gabriel… J’ai eu si peur, si honte…

— Tu les as mis en colère, personne avant toi n’avait osé émettre ne serait-ce que l’idée de s’opposer à eux. Si tu ne m’avais pas reconnu…

— Mais je t’ai reconnu, comme une évidence, tes empreintes sont inscrites dans ma chair.

Sans mot dire, j’ai senti son majeur me pénétrer. Il l’a enfoncé doucement, puis par de petits mouvements encore un peu plus. Qu’il était bon de faire l’amour avec une personne que l’on aime. Le plaisir en était décuplé. Son pouce venait buter sur mon clitoris gorgé, prêt à exploser. Il a ôté enfin mon bandeau. À genoux sur le côté, ses yeux dans les miens, un immense sourire. J’ouvrais ma bouche pour recevoir ce sexe tant attendu, et je le suçais avec la plus grande délectation et application. Je le suçais, le mordillais, le titillais, mes mains jouant avec ses testicules pleines, prêtes à se vider en moi. Des spasmes m’ont parcourue, je sentais l’orgasme monter. Oui, oui, encore Gabriel… Je n’avais même pas l’idée de regarder autour de nous. Nous deux enfin dans l’orgasme qui nous liait. J’ai senti les premières gouttes de son sperme sur le bout de ma langue. Je l’ai repoussé délicatement : «  prends-moi maintenant ».

Alors que nous nous connaissions pourtant parfaitement bien, j’avais l’impression que nous faisons l’amour pour la première fois. J’ai senti son sexe en moi, grand, puissant. Il me parlait, s’excusait pour tout, me disait qu’il m’aimait, et dans un dernier effort pour se contenir, il a joui avec cette force qu’on les retrouvailles de deux corps malmenés

Enfin rassasiés par notre amour, j’ai senti sa main prendre la mienne.

— Veux-tu encore m’épouser après tout cela ?

— Aurais-je subi cet affront si n’était pas le cas ?

Fin

Sandrine Elle AimeArticle écrit par Sandrine Elle Aime

D’un âge certain, sans être d’un certain âge, l’auteure Sandrine Elle Aime pourrait-être l’archétype de la ménagère de moins de cinquante ans . Si ce n’est qu’elle avoue une passion pour l’écriture, pour les mots, pour les jeux de mots, les mots en tout sens, le sens de l’éveil, l’éveil amoureux, l’amour et le sexe, le sexe imagé, images et fantasmes, fantasques histoires, histoires érotiques.
Jouant sur plusieurs tableaux, elle manie les pinceaux des mots dans des styles différents. Du roman de l’été, aux nouvelles érotiques, elle écrit aussi des chroniques plus sérieuses ( pour l’hebdo-décapage, hebdomadaire algérien ), oscillant entre la philosophie et la «  vraie vie » sa plume peut se faire moins légère et devenir sarcastique et assassine.
Bref, vous l’aurez compris cette auteure se définit comme une jongleuse de mots, surfant avec délectation sur les vagues de la vie, ou les mers agitées

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