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M. de Bergerac

Création d’un fantasme comme une pièce de théâtre à succès… Je ne l’ai jamais vu, lui non plus. Invisibles regards qui percent les écrits, devinent les émois, nous savons nos désirs, nous les provoquons. Il utilise un subterfuge bien connu et pas seulement sur scène. Retentissent les trois coups, le rideau peut se lever…

Un rendez-vous parisien est fixé, en sortie de métro. Il y a du monde en ce début de soirée un vendredi et les terrasses de café sont pleines. Je regarde autour de moi, j’essaie de le deviner derrière les hommes présents. Mais je ne vois personne qui pourrait être lui. Un sms à nouveau et je comprends que je vais devoir marcher et aller à sa rencontre, des indices me guidant vers lui. Je devine le jeu, le sourire, l’appétence, tout en arpentant les pavés qui me mènent à lui. Mais il multiplie les pistes, les brouillant, s’en amusant à coup sûr.

Tremblante sur mes talons, mes jambes flageolent à mesure que je me sens proche du but. Je parviens enfin à une cour privée qu’il m’a indiquée par message, encadrée de fleurs en pots et d’arbustes qui parfument cette atmosphère d’été. Là, un sms me demande de l’y attendre et d’attacher mon foulard sur mes yeux. J’entends un bruit de pas se rapprocher. Je le sens si proche de moi maintenant, je m’enroule dans son parfum frais et boisé, dans un léger vertige. Une main caresse mes cheveux, doucement, comme on flatte une chatte pour l’apprivoiser. Une bouche prend la mienne. Les lèvres ouvertes, je me laisse faire, frissonnante. J’ai souvent rêvé ce moment, le découvrir, le humer, le goûter. Il me déguste, me boit, laisse glisser un filament de salive.

Les mains qui glissent lentement sur mon corps prennent des libertés bienvenues, soulèvent ma jupe, parcourent mon entrecuisse, s’immiscent dans ma chair humide qui s’ouvre à ces doigts, tandis qu’une langue parcourt ma nuque. Mes gémissements montent en sourdine dans cette cour fermée. Il m’attire à lui et je sens son désir, tendu contre mon ventre. Il agrippe mes fesses, les pétrit, les claque. Il prend son temps avec une impatience toute contenue. Il me tourne autour comme un animal, littéralement. Il respire mes cheveux, il met ses mains sur mes hanches, derrière moi et me fait avancer. Une porte s’ouvre, j’entre dans un vestibule, il pose ma main sur une rampe d’escalier, m’y fait grimper quelques marches ; je frôle quelque chose, on dirait qu’une autre personne est là, devant moi, silencieuse.

Fébrile, je m’interroge et mon cœur bat plus vite encore. Le sang bouillonnant dans mes veines remontent à mes tempes, les martèle, menaçant de déborder. Comme déborde la cyprine entre mes chairs palpitantes. J’en rougis légèrement et je l’imagine souriant de cette émotion pudique. S’il savait…

Je suis un peu inquiète mais j’ai confiance. Il soulève ma jupe, me caresse, me fouille devant cet inconnu. Je me mords les lèvres, je tais mon plaisir, intimidée. L’homme face à moi tend la main, la pose sur ma gorge, glisse ses doigts dans ma bouche, prend possession de moi. Je réprime un mouvement de recul. Je ne sais plus de quoi ni de qui j’ai envie. Des pensées contradictoires se bousculent dans ma tête, jusqu’à ce que je commence à perdre pied, chavirée.

Personne encore n’a parlé. Pas un mot échangé, juste des respirations courtes, des souffles, des plaintes. Et brusquement, j’entends sa voix, je la reconnais, profonde, sensuelle, basse, un peu rauque de désir. C’est lui qui se trouve en réalité devant moi et donne des indications à cet autre qui n’est pas lui. Cet autre qui m’a cueillie à l’entrée de mon fantasme rêvé de lui. Il lui donne ses ordres et à moi, me parle doucement à mon oreille, comme il l’a fait à maintes reprises auparavant, par téléphone. Je me radoucis, j’accepte ce jeu un brin candauliste d’un Cyrano moderne. L’un me caresse et lui continue de me parler, de m’envoûter, dire ses mots, ceux qui me font vibrer. Mes sens ne savent plus où donner de la tête, je me laisse porter par sa voix, tandis que l’autre n’est plus que mains et doigts obéissant à ses indications, me branlant con et cul à la fois.

Vacillante, je chavire sous ce plaisir trouble qui m’envahit. C’est le bras armé par qui la jouissance va arriver mais c’est à LUI que je l’offre. Quand je me laisse aller à ce chant qu’il aime entendre, il s’approche, m’ôte le foulard des yeux, et me regarde avec un plaisir scintillant, puis il me sourit, attrape mon menton et m’embrasse avec gourmandise. L’autre n’est plus là. Je n’ai même pas su qui c’était et ne le saurai sans doute jamais…

Fin

Perle VallensArticle écrit par Perle Vallens

Femme libre, décidée, débridée, féministe raisonnée, j’avance dans la vie tous azimuts,quarantaine avancée et rugissante.
Si la sensualité est un art de vivre, le cerveau reste ma zone érogène principale, et l’érotisme est à la fois une expression de ma vie sexuelle, et un style d’écriture qui tisse les émois, les fantasmes, la gourmandise de la chair, entré poésie et mots crus.

Parmi mes plaisirs sensuels et cérébraux, outre ceux de la chair et de la chère, et de l’écriture, citons la musique, le cinéma, la danse ou encore… le shibari !

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